Jenny Scheinman - 12 Songs

17/04/2006

Par Djul

Label: Cryptogramophone / Orkhestra

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Jenny Scheinman, c’est un peu Tori Amos sans piano et sans voix, avec un violon. Autant dire que le lecteur sera bien avancé par ce descriptif biscornu, et pourtant évocateur. Car l’esprit torturé et la liberté de ton (certes émoussé pour ce qui concerne la jolie rousse) se retrouve, sous une forme encore plus exacerbée chez Jenny Scheinman. Auteur de trois albums, dont un dernier chez Tzadik, la violoniste frappe les esprits d’emblée par sa musique à la fois délicate, sombre et tourmentée, un univers très expressif qui se passe de paroles. Il faut dire qu’on y retrouve pêle-mêle des influences jazz, folk ou encore ethniques.

Pour sa quatrième œuvre, elle s’entoure de pas moins de sept musiciens, dont le guitariste Bill Frisell (elle avait auparavant collaboré avec lui et son compère Marc Ribot, un autre six cordiste bien connu des amateurs des productions Tzadik). L’ensemble du disque reste bien entendu instrumental.

La première impression, confirmée après maintes écoutes, est que la musique de Scheinman sur ce nouvel album a perdu en « mysticisme », au profit d’ambiances moins tristes et clairement plus « jazzy ». Une conséquence logique de sa collaboration avec plusieurs instrumentistes venant de cet univers. Le premier titre, tout en retenu et avec cuivres est une bonne illustration de ce premier constat, Frisell ajoutant une charmante touche de blues à l’ensemble. On retrouve ce goût pour ce genre musical avec un hommage à Albert Ayler, l’un des papes du free jazz des années 60.

Par ailleurs, la violoniste n’hésite pas non plus à défricher de nouveaux genres musicaux plus expérimentaux : les magnifiques « Antenna » et « The Bouy Song » sonnent comme le post rock mélancolique d’Arab Strap, tandis que « Moe Hawk » fait penser à un Henry Cow joyeusement déluré, avec sa rythmique en fanfare.

Voici donc un album varié et maîtrisé, à la frontière du jazz et de musiques plus modernes, même si la musique de Scheinman a perdu en personnalité et en atmosphères. Ne reste que quelques traces éparses de sa musique à la fois mystique et folk (« Sleeping In The Aquifer »). 12 Songs, par son côté accessible, est peut être le signe d’une tentative d’élargir le public de la musicienne, doute qui est permis : Jenny a aussi joué pour Norah Jones !