Adagio - Dominate

28/03/2006

Par Julien Damotte

Label: Double Vision

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Depuis leur premier album en 2001, Adagio est un groupe qui s’évertue à innover et faire évoluer son style vers d’autres horizons. Après le néo-classique assez conventionnel de Sanctus Ignis et le metal progressif plus complexe d’Underworld , place à un metal plus direct et plus extrême avec Dominate.

Avec ce nouvel album, Stéphan Forté et ses acolytes ont décidé d’accentuer le côté sombre déjà présent dans Underworld , au risque de dérouter les fans de la première heure. Exit la chorale et autres artefacts symphoniques, finies les structures volontairement alambiquées et place à du metal pur et dur. Dès le premier titre éponyme, Stéphan s’est lui-même mis aux parties de chant black pour donner au metal d’Adagio une couleur plus sombre et agressive à la Dimmu Borgir. Ses interventions gutturales sont d’ailleurs récurrentes et parsemées tout au long du disque comme pour venir renforcer le côté extrême de certains passages ou pour venir contraster avec des refrains très mélodiques. Cette alliance de différents styles de chant peut paraître surprenante lors de la première écoute mais on ne peut que se réjouir d’une telle variété.

Le chant est par ailleurs un des points forts de cet album tant la voix du nouveau chanteur brésilien Gus Monsanto est mélodique et chaleureuse. Aucune crainte à avoir donc quant au départ du charismatique David Readman. Les refrains sont plus accrocheurs et mélodiques que jamais, comme dans « Fire Forever », morceau plutôt speed mélodique et à l’évidence destiné au marché japonais. Rien à craindre non plus du départ de Dirk Bruinenberg à la batterie, remplacé avec brio par Eric Lebailly. Au contraire, l’osmose entre les musiciens semble encore plus flagrante. La technique sert la musique à merveille et on ne tombe jamais dans la démonstration stérile. Sur la section rythmique imparable viennent s’apposer des riffs de guitare sept cordes ravageurs, agrémentés d’habiles et originales parties de clavier. Mention particulière donc à Kevin Codfert pour ses parties de piano dodécaphoniques (« The Darkitecht » ou « Children Of The Dead Lake »), et ses nappes très colorées comme celles de « Terror Jungle » qui font penser au travail d’un autre Kevin – Moore – ayant autrefois officié au sein de Dream Theater.

Enfin, comment parler d’un album d’Adagio sans mentionner les prouesses guitaristiques du sympathique Stéphan Forté, qui a su, avec Dominate , repousser une nouvelle fois ses limites. Chaque solo est une composition à part entière où s’équilibrent technique et mélodies orientales. Le solo de « Dominate » est le parfait exemple de ce mélange subtil. Quant au duel guitare/claviers au final de « Terror Jungle », c’est un véritable étalage des prouesses techniques dont sont capables les deux protagonistes, sans pour autant tomber dans les clichés du genre. Côté rythmique, Stéphan est un orfèvre et chaque riff est d’une précision chirurgicale. On peut citer les riffs très Megadeth de « Children Of The Dead Lake » ou le riff très puissant à la Symphony X au début de « R’lyeh The Dead ». La comparaison avec les américains s’arrête d’ailleurs là. En effet, le style Adagio s’affine d’album en album, se renouvelle sans cesse et on est loin d’un simple plagiat. Cerise sur le gâteau pour les uns, faute de goûts pour les autres, c’est une reprise à la sauce Adagio du titre phare de la comédie musicale « Fame » qui vient clore cet album. Une petite touche d’humour dans ce monde de brutes ?