Cerebus Effect - Acts Of Deception

23/03/2006

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

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Les américains de Cerebus Effect se définissent eux-mêmes comme un groupe de fusion/rock progressif proposant un large spectre musical où chaque membre s’exprime tour à tour en solo tandis que les autres l’accompagnent. Rythmes complexes, agressivité, improvisation, tels sont les maîtres mots qui caractérisent le premier album de ce groupe de Baltimore. A la seule lecture de cette définition, on serait tenté de dire que l’écoute d’Act Of Deception risque d’être ardue. C’est un peu le cas, à vrai dire.

Il faut reconnaître que Cerebus Effect est à l’aise autant dans les pièces directes et mélodiques (« Unconsoled ») que dans le prog-metal le plus effréné (« Nine Against Ten ») ou les improvisations free-jazz (« Neutrino Flux »). « Y » et « W » qui respectivement ouvrent et closent l’album sont assez représentatifs de sa teneur générale. Sur un ou deux thèmes centraux, chaque instrument s’exprime par alternance, souvent de façon virtuose, plus rarement par touches mélodiques, occasionnellement sous forme d’improvisations. Les influences et références de Cerebus Effect sont ainsi assez vite cernées : un peu de Yes et de National Health par ci, de Dream Theater et d’ELP par là, parmi d’autres. L’emphase, la tension musicale et vocale de Sleepytime Gorilla Museum ne sont pas très loin non plus dans les deux titres chantés (« Identity Crisis », « Operation Midnight Climax »). Ces alternances de soli, tous instruments confondus, sont pour certains placés avec pertinence, dans la dynamique de la composition, tandis que d’autres relèvent davantage du collage, de la vaine démonstration voire de l’autosatisfaction. Quelques interludes moins denses et plus calmes, mais aussi parfois bruitistes et pas toujours reposants (« Dark At The End Of The Tunnel », « Fine Lines Between Science And Art »), offrent néanmoins une rupture salvatrice dans ce maelström de notes qui à force confine à l’indigestion.

Le mot d’ordre dans la réalisation de cet album a vraisemblablement été « diversité ». Acts Of Deception n’en est pas pour autant un modèle d’éclectisme équilibré. Cerebus Effect n’émerge donc guère de l’océan de groupes instrumentaux virtuoses évoluant dans ce registre. On lui préférera Dysrythmia, Niacin ou Attention Deficit selon qu’on soit plus attiré par le métal, le jazz ou les improvisations. Ce bouillonnement pas toujours contrôlé d’idées est par ailleurs desservi par une production manquant un peu de clarté et de puissance, défaut propre à de nombreuses autoproductions, il est vrai.

Cerebus Effect est à l’évidence capable de balayer un spectre très large. Cependant, pour éviter de laisser un sentiment de « nous savons tout faire » un peu vain, un recentrage s’impose dans l’éventualité d’un album futur.