Univers Zero - Live

13/03/2006

Par Djul

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Après une résurrection discographique aussi improbable que prolifique depuis 1999, Univers Zero se plaît à faire de même sur scène, avec plusieurs tournées depuis 2004, qui ont permis aux plus jeunes et aux moins chanceux de découvrir la magie de ce groupe de près. A la vue des nombreuses images qui composent l’épais livret de ce disque (dont certaines sont signées Andy Kirk, un ancien du groupe), comment en effet ne pas retomber sous le charme de cette formation trop peu connue ? Que ce soit aux Tritonales, ou dans le cadre du Festival MIMI à Marseille, Univers Zero, c’est l’assurance d’une musique jamais vue ni entendue. Jamais vue puisque Philippe Seynaeve met en images la prestation du groupe, en trafiquant en direct celles-ci, un aspect visuel bien entendu non retranscrit ici. Jamais entendue tant l’en-tête du site officiel du groupe est vraie: « Si Stravinski avait un groupe de rock, il sonnerait comme ça ». Avec une formation complètement atypique (basson, hautbois, violoncelle, clarinette, saxophone s’insèrent dans une formation rock traditionnelle sans guitares), les belges proposent une musique quelque peu apaisée depuis leur première période (1974 – 1986), mais incroyablement construite et précise.

Ecrire que ce disque vole très haut est donc inutile, tant Univers Zero est synonyme de perfectionnisme, à l’image de son batteur leader, Daniel Denis, qui nous indiquait en interview sélectionner les apparitions du groupe en fonction d’un cahier des charges extrêmement détaillé. Une volonté qui se retranscrit dans la production de ce disque, enregistré en 2005 aux Halles de Schaerbeek (Bruxelles) et au Triton (Les Lilas, dans le cadre des Tritonales). Il est d’ailleurs nécessaire de relever l’importance de celle-ci sur le disque. Car les œuvres récentes des belges (en particulier les deux derniers albums studio) souffrent d’un son extrêmement froid, qui s’explique par le recours intensif à l’ordinateur pour leur enregistrement. C’est d’ailleurs un comble que la batterie soit l’instrument qui semble pâtir le plus de ce traitement assez aseptisé. Or, sur ce Live, on retrouve la dimension organique de la musique d’UZ, si importante de par l’instrumentation « classique » employée par le groupe. Et Daniel Denis bénéficie à plein de cette splendide prise de son, mettant très en avant toutes les finesses de son jeu, jusque dans les tremblements, tout à fait perceptibles, de sa caisse claire. Une précision qu’on retrouve aussi sur les instruments à vents, jusqu’à entendre la respiration de Michel Berckmans avant d’enchaîner une partie de basson : du grand art, rarement égalé !

Sur la musique elle-même, que dire, sinon que le disque alterne (majoritairement) les morceaux les plus enjoués et/ou récents du répertoire du groupe et (à la marge) les moments plus glauques. Un seul manquement à l’appel, et pas des moindres : « Dense », le chef d’œuvre du groupe, tiré du non moins retentissant Ceux du Dehors. Alors que ce titre ouvrait les tournées de 2004 et 2005 de manière brillante, constituant l’un des points d’orgue de la soirée, on ne le retrouve nulle part sur ces soixante six minutes ! Un « oubli » difficile à expliquer… . C’est au second moment fort de la soirée d’ouvrir le bal, alors qu’on le retrouve plutôt en fin des dernières prestations du groupe : l’immense « Xenantaya ». Morceau épique s’il en est, emmené par les rythmiques presque tribales de Denis sur douze minutes d’ambiances nord-africaines, il constitue aussi le meilleur moyen de pénétrer le monde assez intransigeant d’Univers Zero, par la porte la plus accessible. Le reste, à peine en deçà, alterne les passages sautillants et très écrits (« Falling Rain Dance ») aux longs moments mélodramatiques et répétitifs (ce final batterie – piano – cuivres de « Méandres » !), sans oublier le classique « Toujours plus à l’Est », ancien morceau réédité par Cuneiform, et qui indiquait déjà ce goût pour le folklore. Les improvisations ne sont pas oubliées, comme ce moment de folie du facétieux Peter Van Den Berghe, aux claviers, sur un passage à la Boulez en cours de « Civic Circus », ou le court solo de batterie de « Falling Rain Dance » !

Ce premier Live est une réussite totale, tant dans la prestation d’ensemble (six musiciens tout de même) que dans la présentation (enregistrer correctement deux catégories d’instruments, rock et classique, est en soi un tour de force en concert). Il constitue même le disque à recommander pour découvrir le groupe « en douceur », loin de l’image sombre et grand-guignolesque qu’il a parfois lui-même contribué à se donner.