Rascal Reporters - Ridin' on a Bummer

28/02/2006

Par Sébastien Crépy

Label: Autoproduction

Site: rascalreporters.tripod.com

Oyez oyez populace ! Rascal Reporters vous convie à un grand show psychédélique et clownesque ! Adeptes de la composition « par courrier », les membres du groupe fabriquent et jouent leurs morceaux avec un contact physique minimal, en faisant très souvent appel à des invités qui les accompagnent, le temps d’un titre ou deux, dans leurs pérégrinations déjantées.

L’album sous les feux de la rampe aujourd’hui n’est pas tout jeune, puisqu’il s’agit d’une édition anniversaire de Ridin’ on a Bummer, paru en… 1984. La vingtaine d’années qui sépare les deux éditions aura été fructueuse puisqu’il s’est vu augmenté de huit bonus tracks (ou malus trackssi l’on est mauvaise langue) qui ne pourront que ravir les connaisseurs.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite mise au point s’impose : l’auditeur par ce disque alléché se devra d’être circonspect ! Pour espérer l’apprécier, il devra de préférence être aussi secoué et contestataire dans ses goûts musicaux que les deux personnages qui constituent le groupe, sous peine de perdre la raison (et accessoirement tous ses amis). Variété outrancière et cacophonie occasionnelle caractérisent en effet cet album composé comme Picasso aurait peint (avec les pieds ?) l’une de ses toiles : en état de rébellion artistique permanente et sans souci aucun pour la santé mentale du client potentiel.
Le résultat est une musique kaléidoscopique difficilement identifiable. Dissonantes, non dénuées d’humour (le titre « Mike Newfield », avec son folk médiévalo-militaire, est un pastiche coloré et franchement hilarant de ce qu’a pu faire Mike Oldfield dans les années 80), parfois doucereuses, les compositions irradient les esgourdes avec un jazz folk expérimental pas toujours très digeste, occasionnellement et volontairement désarticulé et soûlant. Certains se souviendront du foisonnant et audacieux Flexable du jeune Steve Vai ou encore des frasques de Sun Ra, mais Rascal Reporters s’en tire hélas avec moins de panache.
Instruments réels et midis sont utilisés abondamment et l’on ne peut que rester interloqué devant le nombre de mélodies et de passages (certains sans queue ni tête) qui s’enchaînent de manière plus ou moins heureuse. Ici c’est un trombone et une trompette qui sont égorgés gratuitement tandis qu’un peu plus loin, un orgue Bontempi agonise en un cri digne d’un oiseau souffrant de la grippe aviaire. Au rang des procédés « musicaux » horripilants, il serait pertinent de mentionner les hurlements et cris plutôt inutiles qui parsèment certains titres et ajoutent encore un peu plus de zizanie à l’ensemble.

Semblant sortir tout droit d’un oeuf Kinder ou d’un baril Bonux des années 70, cette musique extrêmement complexe et loufoque risque de se heurter à l’incompréhension d’un public doté d’un sens esthétique plus conventionnel. Ceci dit, les amateurs de musiques véritablement décalées et atypiques pourront élargir leur collection… à leurs risques et périls !