Proto-Kaw - The Wait for Glory

19/02/2006

Par Djul

Label: InsideOut Music

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Proto-Kaw, ou une histoire en deux temps. Première période, fort brève et inconnue : une bande d’américains forme ce qui sera l’anti-chambre de Kansas, l’un des plus grands groupes de progressif américain. De ces premiers pas ne furent sauvegardées que quelques bandes, exhumées il y a peu par Cuneiform Records, dans une excellente compilation Early Recordings From Kansas . Second temps : une improbable résurrection. Sous l’impulsion de Kerry Livgren, guitariste de Kansas, Proto-Kaw renaît trente ans après, pour un excellent disque de rock progressif, Before Became After , puissant et mêlant à la fois les influences inévitables de Livgren avec quelques ambiances à la fois plus jazz et plus rock. Continuant sur sa lancée, les quinquas encore verts reviennent un an seulement après leurs « seconds débuts », avec sous le bras The Wait for Glory, preuve que décidément, ils sont très inspirés pour les titres ironico-comiques !

Si nous n’avions plus de doutes sur la possibilité pour Proto-Kaw de proposer un progressif accessible, frais et mélodique, The Wait for Glory constitue un relatif démenti à une telle affirmation. Car le disque fait partie de ces albums de progressif trop lisses, et dont il ne reste pas suffisamment après une écoute. Ainsi, à l’instar de certaines œuvres comme les dernières tentatives de Roine Stolt ou Neal Morse, l’auditeur aura affaire à une musique bien faite, bien produite, répondant formellement aux canons du rock progressif, mais sans en avoir (par moments) ni la saveur ni l’ambition.

Attention, tout n’est pas à jeter sur ce disque ! Les titres les plus épiques sortent clairement du lot. Ainsi, « Nevermore » débute de manière fort atmosphérique et presque mélancolique avant de virer rock seventies dans la pure veine Livgren, avec des arpèges entêtants, à l’instar du très Kansas « Melicus Gladiator », où les influences presque hard rock donnent un sacré coup d’accélérateur final au disque. De même, de nombreux éléments participent à la personnalité du groupe, comme la voix de Lyn Meredith, proche du grain d’un Walsh en moins haut perché, ou les nombreux arrangements d’instruments à vents de John Bolton. Combinés, ils permettent à Proto-Kaw d’interpréter de beaux titres comme « The Vigil » ou « Picture This ». Mais le groupe verse dans une certaine facilité sur d’autres morceaux, enchaînant poncifs et refrains emphatiques (« Relics of the Tempest »). Il manque aussi une véritable force de caractère, qu’on ne retrouve que par moments, comme sur « Physic », avec un passage central enflammé par des cuivres très bien mis en valeur. Lorsque Proto-Kaw semble vouloir faire dans l’originalité, on tombe sur des morceaux sans queue ni tête avec accordéon, pour des passages lambadas enchaînés avec des moments zeuhl joyeuse (« Osvaldo’s Groceries »), ou de l’improvisation bluesy poussive (« Old Number 63 »).

Voici donc une première semi déception pour cette année 2006, d’autant plus cruelle qu’elle vient d’un artiste reconnu, à savoir Kerry Livgren, compositeur de l’intégralité des dix morceaux du disque. A croire que, privé de son compère Steve Walsh de Kansas, le guitariste n’arrive pas à trouver l’émulation suffisante pour se surpasser. En roue libre dans Proto-Kaw, et n’ayant peut être pas pris le temps nécessaire pour composer ce disque, Livgren n’est pas au meilleur de sa forme, enchaînant le meilleur comme le pire. A quand une troisième ère pour ce groupe à la carrière décidemment bien étrange ?