Glass - Illuminations

18/02/2006

Par Sébastien Crépy

Label: Musea

Site: www.rpursuit.com/GlassBros/Index.asp

Véritable Pink Floyd d’un rock progressif anglo-saxon qui, depuis le début des années 70, puise son inspiration auprès de monstres sacrés tels que Soft Machine ou King Crimson, Glass est connu pour des prestations scéniques pour le moins fastes et une habile utilisation de supports musicaux aussi traditionnels qu’avant-gardistes.

La signature du groupe chez la prolifique maison de disques Musea lui donne un sérieux coup de pouce, après une dissolution en 1975 (dans un contexte de crise économique difficile) et un séjour dans les limbes de l’oubli, qui avaient semblé sonner le glas de leur existence.
Réapparus en 1999, les revoici, plus fanatiques de mellotron et d’hammond que jamais, avec un disque lorgnant résolument vers un jazz rock plutôt soft et un progressif symphonique aux accents expérimentaux.

En termes de construction, Illuminations ne déroge pas aux canons du genre : les compositions sont pour la plupart enchaînées et découpées en mouvements, à la manière de morceaux de musique classique, faisant varier ambiances et tempi. L’oeuvre en apparence simple est en fait plutôt complexe, mais elle reste très accessible : elle mise avant tout sur la création d’atmosphères qui reposent sur l’utilisation, subtile et jamais outrancière, de sons et samples variés.

Une belle progression à l’orgue ouvre le bal sur le premier titre, et cette longue introduction aux notes égrenées en couches successives est une belle invitation au voyage proposé par les musiciens. Les tonalités, souvent sylvestres et planantes, rappellent les bandes originales de certains jeux vidéo à succès (Secret of ManaFinal Fantasy), mais elles savent s’effacer parfois, pour laisser la place à des univers étouffants et confinés où s’entrechoquent martèlement indistincts, percussions et incantations mystérieuses. « Electronic Synaesthasia (I. The Hidden Room) » génère ainsi, avec des inflexions japonisantes, une atmosphère céleste et irréelle, mais sans jamais tomber dans la mièvrerie ou les platitudes que certains groupes comme les Flower Kings n’ont pas toujours su éviter. Le tout est globalement fluide et d’une chaleureuse solennité, ce qui ne pourra qu’inspirer l’auditeur dont la vie quotidienne met les nerfs à rude épreuve !

En pariant sur une progressivité linéaire plutôt que sur une progressivité ouvertement technique et structurelle, Glass réussit un album plaisant, qui peut s’inscrire dans une perspective d’écoutes plusieurs fois renouvelées. Il s’en faut en définitive de peu pour qu’Illuminationsn’atteigne le firmament des œuvres progressives. Gageons qu’un prochain album fera brûler la flamme de Glass avec un éclat plus grand encore, dans un univers où la concurrence est bien rude et où trônent bien haut Steve Hackett, Porcupine Tree, Spock’s Beard et autres Gentle Giant !