Teyssot-Gay, AlJaramani - Interzone

12/02/2006

Par Mathieu Carré

Label: Barclay

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A gauche : Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir, petit groupe de rock français. Pour des raisons mystérieuses, il dispose de quelques mois de libre ces temps-ci, qu’il a décidé de mettre à profit en explorant avec sa guitare électrique les sonorités de la musique orientale.
A droite : Khaled AlJaramani, maître de l’oud, ce luth arabe très en vogue actuellement, mais également professeur de musique reconnu dans son pays d’origine, la Syrie. Le virtuose a vraisemblablement profité de ses RTT de fonctionnaire pour travailler sur ce disque qui n’est pas dû au hasard, les deux hommes s’étant précédemment rencontrés en 2002 lors d’une tournée de Noir Désir au Moyen-Orient.

Interzone est donc le fruit de cette collaboration étroite et rarement musique n’aura mérité autant le qualificatif de fusion. Car, plutôt que de rencontre, il s’agit véritablement de l’impaction brutale de deux univers musicaux, sans qu’aucun des deux ne semble influencer l’autre. Une guitare, un oud et deux voix, rien de plus, pas de bassiste ou de batteur pour soutenir le Français, et pas plus d’instruments orientaux ou de percussions pour faire jouer le Syrien « à domicile ». La réunion évoque presque un affrontement se déroulant sur terrain neutre, et le résultat n’en est que plus enthousiasmant.
Teyssot-Gay se mélange en rythmiques nerveuses, presque sales à l’écoute, et envolées en solo hargneuses, loin de toute idée de démonstration technique inutile. AlJaramani fait quant à lui honneur à sa formation classique par son jeu précis et épuré, qui peut évoquer d’autres spécialistes de l’instrument, Anouar Brahem en tête. Aux riffs suants du Français répond le phrasé cristallin du Syrien. Si l’on ajoute le chant aérien de l’un et les chœurs virils de l’autre, l’opposition de style a fini d’être complète.

Concernant la musique, deux gros tiers de titres basés sur un motif nerveux de Teyssot-Gay, multiplié à l’envi et sur lequel les deux hommes se répondent à coups de cordes. Si les sonorités des riffs de base, portées par le jeu du Français (qui démontre ici tranquillement que dans un grand groupe, il n’ y a jamais qu’un seul grand talent) peuvent par leur caractère très peu retouché, franchement évoquer le rock pur et dur, il n’en va pas de même au niveau de la rythmique, puisque celle-ci s’en va le plus souvent très loin du bon vieux 4/4, pour le plus grand plaisir de l’auditeur un rien curieux. Pour le reste, des morceaux plus lents et également plus variés, à l’instar du sublime « Wings », qui laisse entrevoir toutes les possibilités de ce duo qui réussit ici le tour de force de livrer une musique d’une grande cohérence malgré les univers très éloignés des deux hommes.

Il convient donc de rendre hommage à l’originalité, à l honnêteté de la démarche et à la beauté simple de cette musique, qui constitue un point de départ idéal vers les univers musicaux dont sont issus les deux hommes.