Linear Sphere - Reality Dysfunction

15/01/2006

Par Dan Tordjman

Label: Hardebaran

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Linear Sphere arrive d’Angleterre. Le premier titre, « Reversal », un pavé de dix minutes, a un peu de mal à passer et il faut plusieurs écoutes pour parfaitement l’ingérer. On est étonné par le coté abrupt du titre, passant d’un plan jazz fusion à une grosse rythmique sur sept cordes. Dès les premières minutes, on devine sensiblement où le groupe veut en venir : un metal progressif torturé et très technique où il est impossible trouver plus de cinq mesures sans polyrythmie. On y retrouve donc les influences de gens sains de corps et d’esprit comme Cynic, Atheist, Meshuggah (pré-Chaosphere) et plus récemment les doux dingues de Coprofago, même si Linear Sphere est moins orienté death.

La principale qualité de cet album est sans doute la musicalité qui s’en dégage. En dépit d’un déferlement de contretemps, de mesures impaires et autres, on ne trouve que très peu de fautes de goût, et bien des titres sont exemplaires de bout en bout, à l’instar d’un « Father Pyramid », jazzy à souhait. Pour la petite histoire, il faut rappeler que trois des membres du groupe sont professeurs dans l’une des meilleures écoles de musique d’Albion ; c’est dire si nos gaillards connaissent leurs instruments. Ils le prouvent sur le point culminant de l’album, « From Space To Time », pavé de vingt-cinq minutes sur lequel la mise en place est hallucinante et où le jazz se bat avec le metal. Les plans s’enchaînent sans aucun heurt, avec une fluidité surprenante. Le disque vaut donc vraiment le détour, ne serait-ce que pour le niveau des protagonistes.

La seule véritable gêne de ce disque – et non des moindres – réside dans le chant de Jos Geron, une sorte de rencontre improbable entre Jason Mac Master (Watchtower) et Dani « Piggy » Filth (Cradle Of Filth). Il est dès lors évident que certains auditeurs potentiels seront bloqués par cette voix. Au registre des doléances, il faut également signaler une production peu claire et étouffée, qui ne rend pas justice au talent des musiciens. Linear Sphere risque donc bien de susciter de nombreuses polémiques, entre farouches partisans conquis et détracteurs acharnés. A chacun de choisir son camp !