Ptôse - Ignobles Limaces (rééd.)

16/12/2005

Par Julien Damotte

Label: Musea

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Ce groupe de Niort, formé par Benoît et Lionel Jarlan en 1979, est devenu avec leur premier véritable album studio, Ignobles Limaces, l’emblème nationale du courant underground français du début des années quatre-vingt. Paru pour la première fois en 1984, ce disque atypique est réédité par le label Gazul / Musea pour son vingtième anniversaire et accompagné de Night Of The Reptiles, compilation sur laquelle on retrouve diverses versions inédites et alternatives des compositions du groupe.

N’ y allons pas par quatre chemins, cet album a assez mal vieilli et hormis pour les inconditionnels du groupe (s’il en reste), l’écouter d’une seule traite sera un véritable défi, voire un calvaire. Si la pochette infâme, le nom du groupe peu ragoûtant (Ptôse, dans le langage médical, évoque une descente des organes internes) ou le titre de l’album donnent déjà des frissons dans le dos, insérer ce disque dans son lecteur est encore une toute autre expérience… La musique électro-synthétique distillée au long de ces 16 courts titres plonge l’auditeur dans un abysse froid et inquiétant, où l’humour simpliste et absurde côtoie une musique expérimentale répétitive et entêtante.

La même recette est appliquée à chacun des morceaux : un chant torturé et persistant sur fond de boîte à rythme minimaliste et d’instruments en tout genre (guitare, synthé mais aussi xylophone, balafon, glockenspiel, woodblocks, cloches, gongs, et …bruits). L’originalité et l’expérimentation priment sur la mélodie et la production aura sûrement inspiré l’œuvre d’un certain Didier Super. Quant aux paroles, elles sont décalées et absurdes à souhait et il sera très difficile d’oublier un refrain comme «Boule, Boule viens ici, viens ici sale chien ! Non non non je n’viendrai pas, houpla houplala…» ou encore «Let me, oh baby let me, let me get in your bush».

Mais Il faut évidemment remettre ce disque dans son contexte. Ces clichés qui peuvent paraître ringards aujourd’hui étaient très novateurs à l’époque. Une telle expérimentation sonore et une telle liberté d’écriture étaient très avant-gardistes au début des années quatre-vingt. En outre, l’autoproduction était un phénomène plutôt marginal. Malheureusement, avec le temps et l’évolution des genres musicaux, les côtés novateurs et «destroy» ont presque complètement disparu, ce qui est dommage quand on sait que c’était l’intérêt principal de ce disque. Il restera néanmoins culte dans son genre et les fans de la première heure auront sûrement grand plaisir à redécouvrir cette véritable pièce de collection jamais rééditée auparavant.