Fieldwork - Simulated Progress

04/11/2005

Par Djul

Label: Orkhestra International

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Fieldwork est un trio free jazz composé de Steve Lehman (alto saxophone), Vijay Iyer (piano) et Elliot Humberto Kavee (batterie, remplacé depuis par Tyshawn Sorey). Pour lors, rien de bien original, surtout lorsque l’on ajoute qu’ils sont originaires de New York. Cependant, dès les premières minutes de « Headlong », les choses deviennent plus intéressantes : ces jazzmen empruntent au rock son énergie et son modèle d’organisation pour délivrer une musique instrumentale à la fois complexe et excitante.

Deux membres du trio ont d’ailleurs un passé musical imposant, ayant collaboré avec Steve Coleman, tandis qu’Iyer a de son côté joué avec Wadada Leo Smith et Anthony Braxton. Le bagage technique des trois compères est donc important, et très vite mis en évidence : les ostinati d’un Iyer omniprésent, la rythmique folle de Kavee et les délires zorniens de Lehman donnent naissance à une musique compacte et puissante, qui fait de Fieldwork les Attention Deficit du free jazz.
Le disque est entièrement construit autour d’alternances. On retrouve ainsi des ambiances beaucoup plus intimistes et typiques du jazz sur « Transgression », où Lehman se taille la part du lion, ou encore sur « Infogee Dub » dont la mélodie de velours est, elle aussi, interprétée par le saxophoniste. Pour les autres titres, la musique de Fieldwork est « anormalement » puissante au vu des clichés du jazz : rythmique syncopée de Kavee et lignes de basse assurées au piano. La musique du trio est souvent hypnotique (« Transitions »), en une formule qui rappelle parfois celle du projet de Bill Bruford et Tony Levin, B.L.U.E. (voir « Trips » et sa batterie qui ne tient pas en place, accélérant sans cesse, ou les compulsions des cuivres sur le brûlant « Gaudi »).

Voici donc une excellente initiation au jazz contemporain, grâce à des compositions plus accessibles que la moyenne des albums du genre et des repères empruntés à d’autres musiques (rock pour ne pas les citer). Néanmoins, la formule en trio empêche le groupe de varier les sons et pourra lasser sur la longueur l’auditeur non initié. Un pas supplémentaire hors du territoire du jazz pourrait offrir à Fieldwork une reconnaissance publique bien plus importante.