Roine Stolt - Wall Street Voodoo

03/11/2005

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: InsideOut Music

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Au sein des actualités publiées par Progressia, Roine Stolt apparaît vingt-huit fois depuis le milieu de l’année 2003, soit une fois par mois environ ! Le suédois ne sait pas se faire désirer et encore moins créer la surprise. Inlassablement, il livre chaque année son album – voire plusieurs – à ses fans : si ce n’est pas un album studio avec son groupe, les Flower Kings, il s’agit d’un side project ou alors d’un concert incluant des versions longues ou entièrement instrumentales de titres existants etc… . Et voici qu’arrive Wall Street Voodoo, un double album de 115 minutes, histoire de faire comme d’habitude, à la seule différence près que, cette fois, c’est le nom de Roine Stolt qui est inscrit sur la pochette. Il s’agit de son troisième album sous son nom propre.

Qu’on se rassure tout de suite, il n’y aura pas de morceau de trente-trois minutes à devoir ingurgiter. C’est déjà ça de pris ! Donc, dans Wall Street Voodoo, Roine Stolt s’essaie à imiter ses grands héros des années 1960 et 1970 dans un style blues-rock, un peu groovy parfois, un peu jazzy aussi. Pêle-mêle, on y retrouve Peter Green, Jimi Hendrix, Robin Trower, Frank Zappa, les Allman Brothers, Cream, les Beatles, Procol Harum et même une petite touche de Traffic : une liste qui donne envie. D’autant plus que Neal Morse pousse la chansonnette et pianote sur son orgue Hammond et que trois invités prestigieux ont, semble-t-il, participé activement au disque. Je dis bien « semble-t-il », car ils ont pris des noms d’emprunt pour des raisons contractuelles. Et il ne faut pas oublier le reliquat provenant des Flower Kings, Hasse Bruniusson et le nouveau batteur du groupe, Marcus Liliequist. En fait, n’y allons pas par quatre chemins, cet album ressemble au Gary Moore du début des années 1990, mais en moins bien et avec du mellotron dessus. Force est néanmoins de constater que l’orgue Hammond sied mieux à ce genre de musique.

Quid de l’album ? Rien de bien particulier. Comme d’habitude, cet album est bien trop long pour captiver l’auditeur. Comme d’habitude, Roine Stolt en fait trop : trop de morceaux, trop de claviers, trop de soli de guitare avec un abus manifeste de la pédale wah-wah. Certains passages sont superbes au demeurant, mais souvent noyés par cette volonté inlassable de remplir tout le spectre sonore. De plus, la voix de Stolt n’est pas faite pour le blues-rock. Dans cet exercice, Neal Morse est bien meilleur (« Head Above Water »). Certains morceaux valent toutefois le déplacement, particulièrement sur le premier CD de l’album (« The Observer » et « Sex Kills »).

Au total, Roine Stolt aurait sans doute livré un album plus intéressant s’il avait modéré son propos et pu le réduire à une cinquantaine de minutes maximum. Ici, l’indigestion guette. Certes, Stolt s’est sans doute fait plaisir en sortant ces morceaux, dont plusieurs frisent la séance d’improvisation inachevée, mais une plus grande concision aurait été préférable. Pour ce qui est des sorties de blues rock à l’ancienne, on lorgnera donc plutôt du côté de Cream, qui vient de sortir un superbe DVD de leurs prestations au Royal Albert Hall de cette année.