Savatage - Poets And Madmen

23/10/2005

Par Fanny Layani

Label: NTS

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Cet album s’est terriblement fait attendre, The Wake Of Magellan datant de 1997 ! Deux raisons à cela : les intervalles intergénésiques de Savatage ont tendance, depuis quelques années, à être plutôt longs car plusieurs membres du groupe sont investis dans le Transiberian Orchestra de Paul O’Neill, et les départs de Zachary Stevens (chant) et Al Pitrelli (guitare), l’un pour obligations familiales, et l’autre pour rejoindre Megadeth, ont contribué à allonger le délai.

Une fois encore, Savatage développe un concept album sous la houlette de Paul O’Neill, mais les changements sont de taille, comme si le groupe ouvrait un « nouveau » pan de sa carrière… Le terme mérite guillemets, car sur le plan stylistique, il s’agirait plutôt d’un retour à un Savatage « deuxième manière » proche de Gutter Ballet (1989) ou Streets (1991), marqué par une alternance de riffs plombés à défaut d’être toujours originaux et de passages chant-guitare ou chant-piano, mélodiques sans être lyriques : la tessiture de Jon Oliva, surtout depuis ses graves ennuis de voix, n’appartient pas aux plus développées.

Ce demi-tour est source de divers phénomènes connexes : les formes sont désormais plus compactes, plus ramassées, évitant la dilution des idées et des éléments qui rendait parfois fastidieuse l’écoute de certains passages de Dead Winter Dead ou The Wake Of Magellan (« Morphine Child »). De plus, les aspects positifs des deux albums précédents ne sont pas occultés : on retrouve cette « force tranquille » des rythmiques lourdes syncopées et du mid – voire low – tempo, ainsi qu’un aspect mélodique développé des chœurs polyphoniques… En bref, le départ d’Al Pitrelli ne se fait pas sentir, et l’option stylistique adoptée minimise les conséquences de la défection de Zakk Stevens.
Cependant, on ne peut s’empêcher d’éprouver regrets et amertume : la voix de Jon Oliva, même presque parfaitement rétablie et très adaptée certes pour les passages agressifs, quasi parlés et correspondant le plus souvent aux rythmiques répétitives et syncopées, se révèle trop monocorde pour les passages mélodiques, et le lyrisme auparavant caractéristique de groupe disparaît. Son timbre s’avère lassant sur la longueur, et on ne peut s’empêcher de penser que l’absence d’une deuxième voix, à elle seule responsable d’une nécessaire uniformisation des tonalités, fait perdre potentiel et diversité à un album qui pourtant l’aurait amplement mérité. De plus, on pourra regretter la raréfaction et à l’appauvrissement des chœurs, autrefois une autre de leurs marques de fabrique.

Ainsi, cet album qui pourrait à juste titre sonner comme un renouveau, paraît à certains égards receler de petits signes d’engourdissement et n’a pas le potentiel qu’il aurait pourtant mérité. Il n’est cependant pas nécessaire de s’affoler : Jon Oliva étant en effet tout à fait conscient de l’impossibilité d’assurer seul le chant de tout le répertoire, le besoin d’un deuxième chanteur n’est pas remis en question. Poets And Madmen serait donc une sorte de sympathique parenthèse nostalgique – en dernière analyse plutôt réussie bien qu’un peu décevante – dans la carrière et l’évolution du groupe.