Isildurs Bane - Gouveia Artrock 2004 – DVD

12/09/2005

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: PortugalProgressivo

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Le deuxième Gouveia Art Rock Festival a eu lieu les 24 et 25 avril 2004 au Teatro-Cine de la petite bourgade de Gouveia, au Portugal. Suite au succès de l’édition 2003, les organisateurs ont fait les choses en grand : six groupes sont au menu de cette cuvée, dont quatre intégreront le DVD qui nous intéresse : le guitariste portugais Fernando Guiomar, les Italiens de Periferia del Mondo et de La Torre dell’Alchemista et enfin Isildurs Bane. Les Portugais de Forgotten Suns ainsi que le Richar Sinclair Band ont été exclus de cette production, qui dure tout de même près de trois heures !

A tout seigneur tout honneur, commençons par le groupe phare de ce deuxième festival de Gouveia, celui qui permet à ce DVD d’accéder au statut d’indispensable, les Suédois d’Isildurs Bane. Le groupe de Mats Johansson est, avec sa série de travaux conceptuels Mind (Music Investigating New Dimension), l’une des formations les plus enrichissantes de la scène progressive actuelle. Le dernier album studio, Mind vol. 4 : Pass, apporte la preuve que l’on peut faire de la pop terriblement soignée sans se perdre dans des dédales de construction plus complexes les unes des autres, grand défaut des groupes progressifs actuels. C’est sur cet album aussi qu’Isildurs Bane renoue, après plus vingt ans, avec des morceaux chantés, qui formeront l’épine dorsale du concert donné à Gouveia.

Dans une formation réduite, pour eux s’entend, le groupe, ce soir-là composé de sept musiciens, donne une prestation superlative, pour l’essentiel préservée dans ce DVD. La voix de Christof Jeppsson avec ses accents gabrieliens s’intègre parfaitement à la musique d’un groupe jusqu’ici essentiellement cantonné à l’instrumental. Oh, rassurez-vous, Isildurs bane ne se prive pas de grandes envolées purement musicales, à l’instar de « Holy Fools » et du désormais mythique « The Voyage », présenté avec des arrangements allégés par rapport à la version titanesque de « Exit Permit » dans Mind vol. 2.

Mais, dira-t-on, est-ce que DVD ne fait pas double emploi avec le nouveau live récemment sorti Mind vol. 5 : The Observatory, dont le contenu est quasiment identique ? Non, en partie parce que l’instrumentation est bien différente. Dans Mind vol.5, Mats Johansson n’hésite pas à refaire le coup du volume 2, avec orchestre et arrangements somptueux.
A Gouveia, Isildurs Bane est plus proche de la formation progressive classique avec, certes, une section rythmique très développée. On notera aussi l’importance prise par le guitariste Jonas Christophs et son doigté magique dans cette formation resserrée. C’est lui qui emmène mélodiquement l’affaire, Mats Johansson se contentant plutôt d’un rôle d’accompagnateur. D’autre part, Gouveia apporte un aspect plus brut à la musique du groupe et, disons-le, une apparence plus humaine à cet extraterrestre qu’est Johansson.

Quid des autres formations ? Sans atteindre le niveau d’un Isildur’s Bane dont le concert accapare près de la moitié de ce DVD, elles ne déméritent pas. La Torre dell’Alchemista apporte une touche folk-prog médiéval bien rétro, mâtinée de ELP. Par bien des aspects, ce groupe peut être comparé à ses compatriotes de la Maschera di Cera, à l’instar de Michele Giordano qui, sous ses airs de jeune étudiant puceau binoclard, est un excellent chanteur.

Fernando Guiomar, le guitariste du groupe de fusion Trape-Zape, interprète une pièce sacrément complexe de seize minutes à la guitare classique, « Ibero ». C’est bien joué, certes, mais peut-être un peu long.

Quant aux Italiens de Periferia del Mondo, ils incarnaient la deuxième tête d’affiche du festival et c’est une relative déception, malgré le fait que le meneur du groupe ne soit autre que Alessandro Papotto, ex-membre du mythique Banco del Mutuo Soccorso. Leur jazz-rock n’est guère inventif malgré un groove certain, et a déjà été joué, en mieux, par Area, Traffic et Santana, chacun dans leur style, il y a plus de trente ans.

Néanmoins, le DVD de ce festival s’avère hautement recommandable. Premièrement, on y savoure un Isildur’s Bane seigneurial comme à son habitude. Deuxièmement, il permet à quelques artistes de sortir de l’ombre et de trouver, espérons-le une audience plus grande. Troisièmement, les qualités visuelles et sonores de cet objet sont remarquables. Quatre caméras furent utilisées pour filmer professionnellement les concerts. L’utilisation des menus est agréable et sans fioriture.
Au total, il est clair que ce disque perdrait une grande part de son intérêt sans Isildurs Bane, et l’on comprend dès lors pourquoi les organisateurs du festival ont tenu à leur donner le rôle principal. En complément à Mind vol. 5 : The Observatory, également sorti cette année, Gouveia Artrock 2004 se révèle indispensable, tant pour les fans, que pour ceux veulent découvrir ce groupe suédois d’exception qui pondèrent lourdement les notes attribuées ci-dessous.