Edition Spéciale - Alicante (rééd.)

13/08/2005

Par Djul

Label: Musea

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Oui, la musique d’Edition Spéciale a beaucoup vieilli. Oui, les sons de claviers d’Ann Ballester, tout comme certaines paroles « patchouli » sonnent franchement kitsch. Mais quelle vivacité et quelles idées chez ce groupe un peu oublié depuis la fin des années soixante-dix, et pourtant si talentueux ! A l’image du Gazeuse de Gong, Edition Spéciale délivre un jazz rock impétueux, très fourni et bavard, même s’il peut paraître inutilement démonstratif par moments. Après un premier Allée des Tilleuls en 1976, le quatuor transforme l’essai moins d’un an plus tard, en 1977 donc, avec cet Alicante.

Morceau emblématique de ce style un peu tombé dans l’oubli, « Vedra » possède tous les arguments pour convaincre l’amateur : section rythmique endiablée (Alain Gouillard apporte un plus à l’époque grâce à jeu de grosse caisse et une explosivité peu commune), accords complexes de Marius Lorenzini, ex-guitariste de Triangle, le titre place d’emblée Aliquante en incontournable. L’essentiel du disque et de ses deux boni, démos de deux titres qui figureront sur le troisième et dernier album studio du groupe Horizon Digital en 1978, est à la fois instrumental et de haute volée et c’est heureux, car les parties d’Ann Ballester – qui débuta comme chanteuse à la mode – et de « Mimi » Lorenzini ne sont pas des plus inspirées, avec des paroles qui fleurent bon le Larzac et font sourire aujourd’hui.
Les parties en anglais, un peu yaourt, choquent moins mais restent superfétatoires au vu du nombre d’idées à la minute développées par le groupe. Mais il ne s’agit néanmoins que d’une maigre section du disque, qui contient bien des moments techniques et mélodiques de premier ordre : passages acoustiques introduisant un « A la Source du Rêve » en forme de démonstration entre UK (section basse-batterie frétillante et jazzy) et Chick Corea (soli de claviers ARP et de guitares tout en fluidité), ou la folie instrumentale du riche et gai « Le Temps d’un Solo ». Si les sons de claviers de Weather Report ou de Return to Forever ne vous effraient pas, vous serez sans doute comblés par l’élégant « Camara » et ses accents brésiliens, qui rappellent la magie ethnique de Black Market.

Edition Spéciale est au jazz rock ce que Sandrose est au progressif épique : un groupe talentueux tombé dans l’oubli, et qui avait pourtant tout pour convaincre… sauf, peut-être, sa nationalité ! Il est grand temps de lui rendre hommage aujourd’hui. Un disque référence donc, qui aurait néanmoins pu accéder au rang de classique s’il avait été entièrement instrumental.