Tomas Bodin - IAM

24/07/2005

Par Djul

Label: InsideOut Music

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C’est désormais un lieu commun que de débuter la chronique d’un disque des Flower Kings ou d’un de ses membres en s’étonnant du rythme effréné de sorties des Suédois depuis le milieu des années quatre-vingt-dix. Une surprise qui, depuis que ce rythme est devenu exponentiel après la sortie du premier Transatlantic, tourne à l’inquiétude : composer et enregistrer des disques de quatre-vingt minutes tous les six mois est-il forcément une bonne chose ? La qualité stagnante des derniers Flower Kings, et la (relative) banalité du dernier The Tangent ou de certaines œuvres de Bodin pourraient en faire douter plus d’un, même parmi les fans.

Composé de trois longs morceaux d’une vingtaine de minutes chacun, ce quatrième album solo du claviériste est un « prog-opéra » interprété par le trio Bodin – et madame au chant – Jonas Reingold et Marcus Liliequist des Flower Kings, complété par Jocke Marsh à la guitare, en provenance du groupe de Glenn Hughes, et Anders Jansson au chant.

Il apparaît vite que rien n’a changé dans les méthodes de composition de Bodin, et la sensation d’un groupe en pilotage automatique risque fort de contrarier l’auditeur exigeant : succession de moments instrumentaux démonstratifs et pompiers à la ELP et de passages chantés de manière grandiloquente, I AM ne procure hélas qu’un sentiment continu de déjà-entendu. Certes, l’apport de Marsh donne parfois lieu à quelques surprises « musclées », comme la partie centrale endiablée de « I » qui sonne comme Deep Purple, ou l’introduction de « A », lourde comme du Black Sabbath. Mais en-dehors de ces moments originaux, rien qui ne soit susceptible d’accrocher l’oreille d’un habitué des productions des Flower Kings.
Le reste des parties instrumentales, quand elles ne sont pas de simples copiés/collés du groupe de Stolt, sont souvent stériles, comme ce blues insipide sur « A », se transformant en parodie de « The Great Gig In The Sky ». Les passages chantés risquent aussi de décevoir : Anders Jansson pousse souvent son chant au-delà de ses capacités, quitte à tomber parfois dans ce qu’il faut bien qualifier de faux, et force est de constater qu’il ne trouve que rarement le ton juste. Ce défaut se trouve ici amplifié par le parti pris de Bodin pour l’intervention d’un seul chanteur sur tout le disque, choix bien malheureux ici. Terminons enfin par la vacuité parfois abyssale des paroles. On ne citera que cet enchaînement de trois des plus répandus poncifs du genre, qui constitue un refrain repris ad lib. sur le disque : « Close my eyes, see the stars, set me free ». Tout un programme.

D’une manière plus générale, on s’interroge sur l’opportunité, à l’inverse d’un Ayreon, de ne pas découper l’histoire en plus de chapitres, et de ne pas faire intervenir plus de chanteurs : l’absence de repères et la linéarité d’ensemble risquent de perdre plus d’un auditeur en chemin.

Bodin, et ses comparses, devraient probablement tenter d’oublier la formule magique qu’ils ont découvert pour débiter du progressif au kilomètre et se remettre un peu en cause avant d’épuiser définitivement leur public. Les Flower Kings, et surtout leurs fidèles, méritent mieux que cela.