Toxic Smile - RetroTox Forte

19/07/2005

Par Justin Poolers

Label: Musea

Site:

On aura tout vu ces dernières années. Des Hongrois qui proggent à l’anglaise, des Finlandais à peine post-adolescents faire du prog à l’ancienne, et parmi des centaines d’émules de Dream Theater, quelques rares groupes sortis de nulle part (d’Allemagne ici, en l’occurrence) arrivant encore à étonner par une forte personnalité ou une originalité indéniable. Toxic Smile, c’est les deux réunis. L’improbable fusion entre les (ex) maîtres du metal progressif, le Genesis d’avant soixante-quinze, et de multiples couleurs dont beaucoup sont personnelles.

Ah quel plaisir tout au long de ce RetroTox Forte de ressentir de multiples sensations de puissance, de beauté, d’exaltation ou de jubilation. Chaque seconde de ce disque est à boire savoureusement telle une liqueur qui pourtant n’aurait pas eu le temps de vieillir dans son fût de chêne. Juste trois albums, et c’est l’alchimie quasi parfaite, une compréhension incontestable des mécanismes de la composition . Ils savent où ils vont, ces bougres, et on les suit tels les rats de l’histoire derrière le flûtiste. De plus, ils ne se refusent aucun plaisir, même pas celui de rapper quelques couplets dans le long « Confidenceindeception ». Le jazz ? Ils connaissent aussi, au détour de quelque intro ou progression d’accords majestueux. Mais tout ça reste emballé de belle manière par un son metal, sans pour autant utiliser les clichés éculés du genre.

Mais ? Y a-t-il un mais ? Même pas ! Les musiciens, techniquement irréprochables, évitent intelligemment de tartiner leur musique d’inutiles traits de virtuosité. Et pourtant ils en ont : leur musique ne serait pas jouable par le commun des musiciens mortels. Deux écoles s’affrontent souvent sur le sujet : la technique froide et une mise en place millimétrique, contre le feeling et, dit-on, une approximation relative. Quand les deux sont là, le but est atteint, le bateau peut voguer et il ne reste plus qu’à écrire de jolies choses. Chaque titre démontre qu’ils y sont arrivés, cerise sur le gâteau ! Le chant, en anglais, n’est pas typique du genre abordé, et c’est tant mieux. Le timbre gabrielien de Larry B. , étonnant au départ, montre au fil des morceaux qu’il est bien à sa place. Seule la production aurait pu être de meilleure qualité, mais n’aurait-ce pas rendu cette œuvre un peu moins chaude ? Rien à regretter.

En 2005, avec entre autres Riverside, Overhead et Toxic Smile, on peut sans vergogne assurer que le progressif vivra quelques années de plus. S’ils n’ont pas le succès populaire, au moins ont-ils l’artistique : bravo !