DésAccordes - In C (Terry Riley)

17/07/2005

Par Aleksandr Lézy

Label: Gazul Records

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DésAccordes est un ensemble constitué d’une vingtaine de guitares et basses électriques « au service de l’écriture, de l’improvisation et de l’exploration sonore sur les cordes ». Sous la houlette d’Erik Baron, bassiste de son état et officiant dans le célèbre groupe de musique nouvelle Art Zoyd, la formation enregistre en 2005 In C, une pièce écrite en 1964 par le compositeur américain Terry Riley.

Le but ici n’est pas de remettre en cause le bien fondé, ni la qualité de l’œuvre de Terry Riley, qui est sans aucun doute la pierre angulaire de la musique répétitive, celle qui lança le mouvement minimaliste à la suite de LaMonte Young, mais bien de mettre en relief le travail opéré par Erik Baron sur In C.
Entièrement arrangée par ses soins, cette œuvre à la base conçue pour instruments acoustiques, prend de l’ampleur et de l’énergie grâce aux sonorités plus affirmées des instruments électriques. L’idée ne manque pas de pertinence, collant parfaitement avec la formation de base de DésAccordes dans l’utilisation des cordophones, et l’apport d’instruments à cordes acoustiques (guitares classiques, harpe et violoncelles) et percussions à la formation d’origine, donne une couleur chaleureuse et personnelle qui lisse le côté rigide de l’univers des cordes.

Le principe de la partition de Terry Riley est de répéter cinquante-trois motifs, chaque interprète ayant la liberté de choisir le nombre de répétitions avant de passer au motif suivant. Pas de règles de répétitions donc. Exercice complexe alors, le résultant devant être vivant et en constante transformation. Les polyphonies et polyrythmies ressortent habilement et il serait intéressant de connaître la manière de travailler d’Erik Baron.

Surprise en s’apercevant que le monde du progressif rejoint celui de la musique contemporaine : Thierry Jardinier, l’ancien claviériste de Pseu est aux percussions, Eric Rebeyrol de Minimum Vital y joue de la basse, et Philippe Cauvin, d’Uppsala, est à la guitare classique. Et effectivement, un passage un peu plus électrique que les autres au milieu du disque est assez caractérisique du genre.

Après [Cordeyades] en 2003, DésAccordes propose un travail d’arrangement sur une oeuvre incontournable de la musique répétitive minimaliste, remise au goût du jour. Le résultat est de qualité, rendant parfaitement la tonicité et les transformations successives de l’oeuvre, grâce à une production nette mais légèrement trop compressée. L’ambiance entêtante et paradoxalement mélodique demeurent les points essentiels de ce deuxième album. Le résultat se révèle intéressant au final, mais appelle une réserve : si une relecture peut s’avérer heureuse – et c’est le cas ici – un travail de création totale l’emportera toujours.

NB : La notation concerne le travail réalisé sur l’œuvre et non pas l’œuvre en elle-même.