Fred Schneider - Kess Kiss Bass

27/06/2005

Par Julien Damotte

Label: Musea

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Après un Fred & Co paru en 1996 et nommé aux Victoires de la Musique catégorie nouveaux talents jazz, et une série de projets et collaborations variés. Fred Schneider revient avec un deuxième album solo instrumental haut en couleur.

L’originalité du disque se révèle dès les premières notes de « Thanks ». Kess Kiss Bass ? mêle un jazz fusion traditionnel à des accents technoïdes ou psychédéliques très modernes et les titres se suivent mais ne se ressemblent pas. Cette grande diversité peut dérouter à la première écoute tant il est difficile de suivre l’OVNI inventif qu’est Fred Scheider. Ce bassiste d’exception a décidé de faire voyager l’auditeur à travers les âges et les styles. Tantôt vieille école, tantôt moderne, le jeu de basse de Fred est d’une rare fraîcheur. Si les influences de Stanley Clarke ou Alain Caron sont évidentes en plus des références krimsoniennes, Fred ne se limite pas au simple plagiat et arrive à créer son propre univers. « Fripatonik », « Fanfare And Slap » ou encore « At The Milk (olé !) » font la part belle au slap, tandis que de belles parties de tapping sont au programme de « An Elephant Never Forget » ou encore « Bifidus Aktif ». Le tempo survolté de ces morceaux, accompagné d’échantillons en tous genres, contraste avec le jazz plus traditionnel et mélodique (basse fretless à l’appui) de morceaux comme « Medication » ou encore « Food Prince » aux allures de musique de film. Dans tous ces morceaux on s’approche de l’orgie créative d’un Frank Zappa en plus mélodique.

Au-delà de sa variété, le point fort de ce disque réside également dans le fait qu’il ne s’adresse pas seulement aux bassistes. Fred Schneider, quand il ne s’essaye pas lui-même avec brio à la guitare ou aux percussions, a fait appel à d’excellents musiciens comme Marc Campo à la guitare (brillant sur « Couleur Blue ») ou encore Eric le Bailly et Ahmet Ait Naceur (qui se fend d’ailleurs d’un solo tout en feeling) à la batterie. A noter également l’excellente prestation de Cyril Achard, guitariste émérite avec qui Fred Schneider a longtemps collaboré. « Jusko File » semble avoir été spécialement taillé pour que celui-ci puisse s’exprimer. Enfin, l’humour omniprésent, dans les titres comme dans le style, met la touche finale à l’originalité de Kess Kiss Bass ? . On retiendra par-dessus tout l’hispanisant « Hola Dis Mais Hola » en hommage au guitariste, , la traduction très personnelle retenue pour « At the Milk » (au lait = olé), et le clin d’œil à la maison de disque Musea avec « Muse Et Ame » et bien sûr « Froggy Style » pour les jeux de mots et pour l’ambiance complètement déjantée.

S’il est difficilement classable, cet album est rafraîchissant car très inhabituel, loin des démonstrations ennuyeuses et autres écueils du genre. Et s’il n’est pas indispensable à votre discographie, il y trouvera néanmoins une place de choix entre vos albums de jazz poussiéreux et vos instrumentaux soporifiques.