Elvaron - The Five Shires (Rééd.)

19/06/2005

Par Julien Damotte

Label: Thundering Records

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Groupe nancéen né en 1993, Elvaron s’efforce avec trois albums à son actif de porter haut les couleurs du metal progressif français. Quelques temps avant la sortie de leur album The Buried Crown (2005), le groupe se payait le luxe de réenregistrer leur deuxième album, The Five Shires sorti en 2001 chez Thundering Records, pour qu’il ait enfin, selon leurs dires, « la production qu’il mérite ». Ils décident également d’agrémenter cette réédition d’un deuxième disque contenant le titre fleuve « The Call Of The Black Dragon ».

Le premier CD commence par une oeuvre ambitieuse : un morceau épique de vingt-neuf minutes dans la veine d’un Rhapsody, en plus progressif. Tout y est : les instrumentaux aux consonances moyenâgeuses, les guerriers, les nains, les épées, les nappes de clavier et les soli harmonisés… Et pourtant la sauce ne prend pas. Ce titre n’évite pas les longueurs et les transitions entre les différentes parties, lorsqu’elles existent, font plutôt artificielles. Le fil conducteur demeure cantonné au textuel.

La justification de ce réenregistrement en appelait au perfectionnisme. Un album entier, dame ! A rejouer, produire, redistribuer…. Et il faut aussi que les fans y trouvent leur compte, un plus suffisant ! Et pourtant cette réédition est encore perfectible. Le chanteur, Matthieu Morand, également guitariste et le principal compositeur du groupe, néglige, à vouloir trop en faire, certaines parties de chant qui manquent de justesse. De même, certains soli de guitare, comme celui de « The Kingdom of Lerendi », auraient mérité plus de précision. Exemple encore plus flagrant : les passages out jazzy de « The Northern Reaches » donnent l’impression de ne pas avoir été travaillés du tout et frôlent le ridicule. On pourra néanmoins saluer les talents d’auteur-compositeur de Matthieu, car les textes, arrangements et dialogues sont très travaillés. Malgré cela, ce premier titre épique ne convainc pas.

Heureusement, les six autres titres abritent quelques perles. Les riffs sont incisifs et les changements de rythme, parfois déroutants, servent bien la musique. Les vocaux se précisent, plus travaillés, comme dans « Beyond The Gate », un des meilleurs titres de cet album, dans lequel tous les musiciens s’en donnent à cœur joie dont le bassiste, Nicolas Colnot, rôle essentiel au sein du groupe.

La seconde saga de cet album, « The Call Of The Black Dragon » apparaissant sur le CD bonus, se révèle tout simplement le meilleur moment de The Five Shires . Ce titre en trois parties fut écrit pour faire le lien entre cet album et The Buried Crown , sorti début 2005. Les rythmiques y sont décapantes et font parfois penser à Symphony X ou encore à l’opéra metal d’Aina. Matthieu fait reluire son acoustique à plusieurs reprises, et associée au piano, elle instaure un univers médiéval sans les clichés du genre. Malheureusement, la voix manque encore de justesse et les paroles de ce deuxième CD ne figurent pas dans le livret.

Cette réédition de The Five Shires recouvre un ensemble inégal, mêlant passages et titres très inspirés à d’autres plus maladroits, dont les longueurs font plus office de remplissage. Même constat au niveau de la production : certains passages font encore très démo, et la batterie particulièrement. Si ce n’est pour le bonus qui renferme un excellent morceau épique, on est en droit de s’interroger sur l’intérêt de cette réédition « perfectionniste sans l’être ». Cela aurait également pu être l’occasion d’en appeler à un chanteur plus expérimenté, une bonne solution pour permettre à ce groupe, déjà prometteur, de gravir encore plus vite les échelons de la gloire. Plus facile à dire qu’à faire…