Addison Project - Mood Swings

06/06/2005

Par Djul

Label: Massacre Records

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Le Canada serait-il devenu le dernier refuge des musiciens de jazz rock ? On peut [etre porté à le croire si l’on se réfère au nombre impressionnant de disques du genre sorti par l’excellent label Unicorn Records, des pionniers Spaced Out en passant par Talisma. On retrouve d’ailleurs beaucoup de ces deux groupes sur ce premier « projet » du bassiste Richard Addison.

Elevé au jazz et au progressif, membre de formations peu connues dans nos contrées (Mystery et Sojourn), ce n’est finalement qu’en 2004 et grâce à nos brêves que son nom apparaît dans nos colonnes. Entouré de nombreux musiciens de la scène québécoise, dont d’anciens membres de Sojourn, Addison propose avec Mood Swings un jazz rock instrumental de bonne facture, même s’il manque une petite pointe de folie pour faire la différence.

Une fois n’est pas coutume, commençons par ce qui fâche, puisque c’est ce qui saute le plus vite à l’oreille : les parties de claviers, à mi-chemin entre ELP et années quatre-vingt, sonnent terriblement daté, polluent parfois le morceau, et ce dès « Sleepwalking ». On aurait préféré des sonorités plus modernes ou même plus acoustiques, car le morceau, comme quelques passages du titre suivant, ramène vingt ans en arrière, tout comme certains aspects de production. A l’inverse, le violon ou le sax employés sur certains titres leur donnent un véritable cachet, et non une date de péremption à l’ensemble : écoutez « After All », où ces instruments sont intelligemment intégrés à un contexte plus rock.

Par ailleurs, la plupart des titres placent la barre très haut, suffisamment pour que les reproches que l’on pourrait faire à l’encontre du disque en soient minorés : le morceau-titre par exemple est une vraie perle de jazz mélancolique et mélodique, portée par le violon de Robin Boulianne tandis que « Le Grand-bé (Wrath of Châteaubriand) » est un exercice plus rock voire metal, mais pratiqué sans clichés, avec des guitares ciselées d’Eric Saint Laurent et David Gauthier, pour un résultat proche de Gordian Knot. Le disque se clôt parfaitement sur « Controlled Freedom », ballade planante faite de claviers, de saxophones et d’une basse profonde, avant de dériver vers une cacophonie pourtant ordonnuatre-vingt. Si ces Danois ont pris le risque d’évoluer dans un registre proche de Def Leppard et autres White Lion, c’est qu’ils disposent de certains atouts indéniables.

Certaines stigmates sont certes bien présentes : un « Welcome To Forever » très efficace mais à la limite du cliché tout comme l’inénarrable ballade, « Man Without Reason », un « Hour Of Doom » que n’aurait pas renié Iron Maiden et plus généralement un air de déjà entendu assez fréquent tout le long de l’album. Cornerstone ne se contente heureusement pas de revisiter les poncifs d’un genre qui n’est plus de première fraîcheur mais y incorpore avec une certaine réussite quelques ingrédients propres à relever la fadeur de la recette : d’évidentes influences du hard rock des années soixante-dix avec « 21st Century Man », qui aurait très bien pu figurer en bonne place sur un album de Deep Purple, un violon aux saveurs irlandaises sur le très dynamique « End Of The World » ou encore des vapeurs d’Adult Oriented Rock de ci, de là. La variété des sons employés, guitares acoustiques ou claviers vintage contribue aussi à rendre l’écoute de cet album moins lassante que prévu.

Par ailleurs, le chanteur fait souvent la différence dans ce genre de formations et avec Dougie White (Rainbow, Balance Of Power, Yngwie Malmsteen) au micro depuis ses débuts, Cornerstone dispose d’un atout certain. Enfin, la production, bien qu’un soupçon aseptisée, rend toutefois tous les instruments parfaitement audibles, y compris – fait plutôt rare – l’agréable ronflement de la guitare basse.

Efficacité de l’interprétation, refrains souvent facilement mémorisables, variété des compositions, cet album ravira les amateurs du genre et ennuiera sans doute profondément les autres. Il faut cependant reconnaître à Cornerstone le mérite de vouloir – ou du moins de tenter de – renouveler un style qui n’a plus le vent en poupe.