Jarboe - Thirteen Masks (rééd.)

05/06/2005

Par Djul

Label: Orkhestra International

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Personnage essentiel et pourtant méconnu de la scène musicale indépendante, Jarboe est une artiste au parcours atypique, tant sur le plan musical que personnel. Enfant de deux membres du FBI, élevée dans l’Amérique rurale et orthodoxe, fanatique religieuse puis impliquée « dans des travaux de nature sexuelle peu orthodoxes » pour citer ses propres termes, elle rejoint dans les années quatre-vingt les sombres Swans et son meneur d’alors, Michael Gira, qui restera l’un de ses partenaires musicaux de prédilection, et monsieur Jarboe à la ville. Ce n’est qu’en 1992 que Jarboe sortit ses premiers disques en solitaire, en commençant par Thirteen Masks, aujourd’hui réédité par Orkhestra via le label Atavistic. A noter que depuis lors, cette version trash de Kate Bush a découvert et propulsé d’autres grands malades, en l’occurrence les membres de Neurosis. En 2003, ils enregistrèrent un disque d’une noirceur absolue tout simplement baptisé Neurosis & Jarboe, qu’ils défendirent sur scène. Une illustration supplémentaire de l’incroyable ouverture d’esprit de la chanteuse.

Album d’une impressionnante variété, Thirteen Masks étonne également par sa production et sa modernité. Car si certaines tentatives de Jarboe lorgnant vers la musique electro (rappelez-vous, nous sommes en 1991 !) sonnent évidemment très mal aujourd’hui (cf. le single Red, avec l’artiste Fœtus, ou le fatiguant « Freedom » et sa batterie programmée), la plupart des morceaux pourraient constituer un disque contemporain. Bien peu d’œuvres de la même période peuvent s’enorgueillir d’un tel constat. De l’introductif « Listen », morceau atmosphérique et presque ethnique dans l’esprit, à la voix haut perchée et maniérée de « Man Of Hate » en passant par plusieurs titres qui n’ont pu échapper aux membres de Portishead avant qu’ils ne se forment, la chanteuse embrasse un immense horizon musical, comme a pu le faire Bowie par exemple, sur certains albums.

C’est d’ailleurs cette variété qui pourra rebuter : titre jazz (« Wooden Idols »), blues de Nouvelle-Orléans (« St John »), on s’y perd, et on y prendra (ou pas) plaisir. Si vous préférez des œuvres tout aussi singulières mais plus homogènes, une oreille sur les Swans et l’autre sur ce remède à la joie de vivre que constitue le projet avec Neurosis, devraient mieux convenir pour découvrir cette artiste hors normes.