Rova - Electric Ascension(Orkestrova)

03/06/2005

Par Djul

Label: Orkhestra International

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Voici quarante ans, John Coltrane enregistrait, avec l’aide d’une dizaine de musiciens dont cinq saxophonistes, Ascension, l’un de ses disques les plus controversés, et sur lequel la première partie de l’expression alors toute neuve de “free jazz” prenait tout son sens. Sans structure apparente, et doté d’une ligne rythmique parcellaire, le morceau semblait – en apparence seulement – totalement improvisé, voire incohérent. Après une première tentative discographique en 1995, le quartette de saxophonistes Rova réitère l’expérience de faire vivre et même d’allonger, en prise directe, cette heure de musique expérimentale, sous le nom de Electric Ascension.

Après avoir collaboré au succès des deux projets Yo Miles, que nous avons chroniqué il y a peu, et avoir sorti un nombre incalculable de disques difficiles à trouver en Europe, Rova revient, aidé de nombreux invités pour cet album : la violoniste et consoeur de label Jenny Scheinman, en passant par Nels Cline (Wilco), Fred Firth aux guitare, basse et dans tous les bons coups, ainsi qu’Otomo Yoshihide et Ikue Mori (ex DNA). C’est donc en live, dans les studios de KFJC-FM à Los Altos en Californie, que ce beau monde s’est réuni pour interpréter Ascension, en 2003. Une prestation qui n’avait pas pour but d’être enregistrée mais qui a tellement enthousiasmé le public et les artistes eux-mêmes qu’elle paraît aujourd’hui.

Des violons, des guitares, des sons électriques et électroniques, des basses et des cymbales, ensembles ou en solo, créant un véritable magma sonore – John Coltrane, Magma ? Etonnant… – duquel ressort parfois, telle une explosion de lave, un ou deux éléments auquel l’auditeur cherchera à se raccrocher, voici une description approximative de ce qui vous attend à la première écoute. A tel point que les – passionnantes – notes du livret, œuvre de Larry Ochs (saxophone), fournissent un plan permettant de suivre l’Orkestrova dans ses pérégrinations. Mais les musiciens le composant sont tellement amateurs d’improvisations que celui-ci n’a été que partiellement suivi, et que les interventions incontrôlées et spontanées font que cette Ascension a parfois peu de rapport avec l’œuvre originale. En vérité, seules les introductions et conclusions du morceau, avec leur thème reconnaissable entre mille, sont respectés, tandis que les parties faisant intervenir Yoshihide et Mori sont truffées de bidouillages électroniques et de guitares stridentes qui offrent une coloration moderne à l’ensemble.
Heureusement pour l’équilibre général, les passages plus calmes, dominés par les cordes de Jenny Scheinman, offrent de courts répits dans cette déferlante sonore, et amènent le morceau vers des contrées proches de la musique classique.

Ne cachons pas l’aspect parfois un peu roboratif de l’ensemble, et un sentiment de chaos et de confusion qui fait que ce disque ne peut évidemment pas être mis entre toutes les mains. Une connaissance, même minime, de l’œuvre d’origine s’impose pour l’apprécier. En ce sens, le défi relevé ailleurs par Yo Miles de redonner vie à la musique électrique du grand M. Davis apparaît encore un peu inachevé en comparaison, ou plutôt prend une forme nettement moins « conviviale » et accessible. A réserver aux connaisseurs, donc.