Zmiya - Solmamdenlo

04/05/2005

Par Justin Poolers

Label: Prikosnovenie

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Ah, Nantes ! Ville du bord du monde, avec vue sur l’infini océan qui guide l’imagination vers de lointaines contrées. Ont-ils vu revenir des bateaux d’Afrique, avec à leur bord ces marchandises magiques et exotiques, ou peut-être ont-ils eux même fait le voyage ? Dans tous les cas, les musiciens de Zmiya entraînent vers ces régions dépaysantes aux parfums d’Afrique, d’Inde, et ce dès la première écoute de ce merveilleux album qu’est Solmandenlo !

Electro-world : tel est l’espace musical qu’ils se donnent, et rarement étiquette n’aura été plus juste. Large le spectre, et loin les limites ! De l’électro on reconnaît les boucles percussives, de la world music tout le reste, à savoir les instruments traditionnels de plusieurs pays tels la vielle à roue, l’oud, le didjeridoo, l’accordéon… Une voix très chaude et colorée se pose à merveille sur des musiques lentes et lascives, tantôt nappées de superbes violons, tantôt relevées de percussions africaines. On en vient à oublier le langage utilisé, et à se dire que ce n’est pas de l’anglais que l’on entend mais un dialecte d’Afrique Centrale dont les oreilles occidentales sont encore vierges. Tout dans ce disque souligne le bon goût de ses créateurs, et met en évidence le talent de chacun des instrumentistes, avec une palme d’or au violoniste.
Les huit morceaux quasiment enchaînés proposent sans heurt les sons de toute la planète ou presque, et rien que ce fait mérite les applaudissements. Les rythmes reggae et funk côtoient les longues complaintes nord-africaines, et on peut s’imaginer pendant quelques minutes à dos de chameau au centre du désert, puis téléporté à Kingston, Jamaïque. Certains arrangements montrent même une certaine culture classique des musiciens !

Certes, il n’y a qu’un très lointain rapport entre Zmiya et le rock progressif – seules les ambiances musicales étirées pourraient rapprocher les genres – mais cette musique semble avoir le même effet : faire rêver et voyager, pour des trajets dépassant allègrement les trois minutes. Le ton de l’album est assez sombre, le tempo général plutôt lent, la production riche, profonde et claire à la fois. Dur de trouver une faute de goût quelconque !

Solmamdenlo n’est à priori pas adressé aux rockers, ni aux progophiles. Il serait cependant dommage de passer à côté, car cet album est de ceux qui ouvrent les yeux et l’esprit, de ceux qui élèvent le niveau de culture en moins d’une heure. Et pour le prix qu’il coûte, c’est vraiment une bonne affaire.