Miss Goulash - Karaoké Karaté Club

15/04/2005

Par Aleksandr Lézy

Label: Ektic / Orkhestra

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Après la sortie de son deuxième mini-cd Haro Pacific Chimie Station en 2002, le public était en droit de réclamer de Miss Goulash quelque chose de plus consistant qu’un quatre-titres. C’est chose faite aujourd’hui, puisque vient de sortir début avril son premier album curieusement (à l’image de sa musique) intitulé Karaoké Karaté Club.

Ce disque de onze titres apparaît dès les premières minutes comme un achèvement contrôlé des deux précédentes sorties de la Miss. Pour résumer la situation, le groupe se compose de nombreux instruments : clarinette, saxophone, flûte, trompette, violon, violoncelle ainsi que le fameux trio classique guitare-basse-batterie, cohabitent dans une fusion des genres recherchée. Le tout se trouve pimenté d’une voix masculine très maîtrisée faisant souvent penser à celle d’un Mike Patton. La mixité et la variété des timbres permettent d’allier la puissance des cuivres aux colorations mélodiques et multi-culturelles des vents et cordes.

Miss Goulash possède ainsi un caractère très personnel, qui laisse entrevoir des références à la musique tzigane dans l’esprit du No Smoking Orchestra d’Emir Kusturica (qui passe à Paris ces temps-ci), mais pas uniquement. La Miss s’acoquine aussi volontiers avec le détraqué Mister Bungle dans un Magma détonnant, au fond du Sleepytime Gorilla Museum, juste après avoir pris son Akineton Retard. Parfois calme mais rarement planant, souvent entraînant et bruitiste dans la limite du raisonnable, jamais ennuyeux ou banal, le groupe manie l’art des structures et de la mise en forme, à travers des arrangements paraissant simples pour une écoute détendue, mais qui en réalité possèdent d’adroites tournures.

Quant à la production, tournée vers le défi d’une acoustique pure et volumineuse, elle apparaît idéale en vue des chansons proposées. Chaque élément sonore est capté pour offrir à l’auditeur toute la teneur des compositions. De plus, beaucoup d’humour émane de Karaoké Karaté Club à l’instar d’un Frank Zappa, même s’il faut savoir lire en filigrane.

Rares sont les premiers disques aussi réussis. Tout a été très soigné et chaque détail offre à chaque nouvelle écoute un plaisir neuf. Un disque fin, un groupe prometteur. Hélas, leur guitariste, mis en exergue sur l’album, a tragiquement disparu, ses parties originales étant jouées par des invités : souhaitons que la Miss réussisse à transformer l’absence en inspiration.