Finnegans Wake - 4th

10/04/2005

Par Aleksandr Lézy

Label: Carbon 7 / Orkhestra

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Finnegans Wake, qui tient son nom du fameux roman de James Joyce, est un des rares groupes belges avec Univers Zero à développer le style RIO dans un esprit « rock de chambre », avec en plus de la formation rock habituelle, des instruments dits « classiques ». La formation naît en 1993 de l’iniative de Henry Krutzen et du désir d’un rock progressif dont les influences seraient communes à tous les membres du groupe, tels des artistes comme Henry Cow ou même Van der Graf Generator. 4th est leur nouvel album au titre explicite : il s’agit du quatrième d’une série déjà méritante.

Avec Pictures en 2001, Finnegans Wake avait dépassé les frontieres du progressif pour voyager dans des sphères transcendant le « simple » (paradoxe évident) RIO, en incorporant beaucoup plus d’éléments de musique classique contemporaine qu’auparavant. Si cette dernière a pris de l’importance et représente plus de la moitié de la musique du groupe, il n’en demeure pas moins un coté rock plutôt musclé. Le double-disque renferme de réelles merveilles de composition comme « Fata Morgana » ou bien « Brasil, RN » ; cela ne signifie pas pour autant que les autres morceaux déméritent, au contraire ! Les orchestrations, avec de vrais musiciens intervenant spécialement pour l’album, sont remarquablement interprétées car les partitions révèlent à coup sûr de nombreuses difficultés aussi bien techniques que musicales. Finnegans Wake oeuvre non pas dans la démonstration mais bien dans la complexité au service d’une certaine forme de musicalité plus ou moins évidente à appréhender.

L’ambiance générale de ce quatrième album est sombre, à l’image d’un groupe comme Present, utilisant de préférence les tonalités mineures et les interventions lourdes des éléments rythmiques. Si le coté obscure des atmosphères prend le pas sur celles plus « colorées », le but n’est apparemment pas de hanter les âmes mais bien de libérer une énergie qu’il serait presque impossible de créer avec des éléments harmoniques aux sonorités majeures.
Presque totalement instrumentale, la musique se voit rejointe dans deux morceaux, par une voix dispensable. Si le son d’ensemble reste correct, et particulièrement les instruments acoustiques, il aurait été souhaitable d’offrir au résultat une production un rien plus travaillée et personnelle. La musique s’en voit un soupçon défavorisée. Cependant, sa qualité est telle qu’on en oublie rapidement ce détail.

4th est un album brillant, mature et très cohérent, même si les morceaux n’ont pas forcément de rapports directs entre eux, révélant une autre facette de la musique progressive. Cette forme de dégénérescence d’un courant aussi solide que celui du prog prouve que la musique ne peut sans cesse rester figée et doit évoluer vers des horizons encore méconnus et intriguants.