Machine & the Synergetic.. - Leap Second Neutral

26/03/2005

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Machine and the Synergetic Nuts est né de la reformation d’un groupe appelé Fiddle 2 dont faisaient partie Toshiaki Sudoh, le fantastique batteur de Melt Banana, Noriya Iwata, le claviériste de BicE et Mahi-Mahi, le saxophoniste de Delusion Valley mais aussi et entre autres de John Zorn sur certaines dates japonaises. Rejoints plus tard par le bassiste Hiroyuki Suzuki, c’est en 1998 qu’ils démarrent les enregistrements sous forme de démo afin de pouvoir se produire et se faire un nom sur la scène musicale de Tokyo.

D’après les dires d’Iwata, le principal compositeur du groupe, l’abstraction serait en quelque sorte le moteur de la « machine », pour éviter les connotations trop rapides. Seule la “construction du son permet d’obtenir un matériel ayant du poids”. Quoi qu’il en soit, il se dégage pourtant de la musique de ce groupe japonais, une saveur qu’il est probablement judicieux de goûter. Avant de rentrer dans les détails, et pour des raisons de sécurité, précisons que l’écoute de ce disque va surement provoquer chez l’auditeur des crises de « repeat » aigües.
La charpente de Machine and the Synergetic Nuts se définit par un matériau sonore principalement jazz-rock, imprégné de diverses influences musicales, donnant à chaque morceau une nuance particulière. Peu importe ce qui en ressort, le but étant de donner du poids au contenu. Avec leurs solides expériences respectives, il est ainsi plus aisé aux musiciens de construire leur musique avec les composants dont le groupe dispose et ne se soucier que de la magie provoquée par les différentes interactions.
Constamment poussés vers l’avant, les dix morceaux qui composent cet album sont en perpétuelle mutation à l’intérieur de structures relativement distinctes. Il est surprenant de constater que musique complexe ne rime pas forcément avec difficulté d’appréhension. Les mises en place tordues et autres superpositions rythmiques ne viennent pas perturber l’écoute mais engendrent plutot une puissance sonore donnant ainsi une plus grande efficacité au groove et aux mélodies. Totalement instrumentale, la musique de MSN se rapprocherait à titre indicatif d’un Weather Report surexcité ou d’un Mahavishnu Orchestra sans guitare à tout va.
Il existe au sein de ce groupe et a fortiori de cet album, une identité propre qui se retrouve dans chaque morceau. Tantôt funky, tantot ambiants, énervés ou psychés, ces titres ne connaissent aucune redondance et leur originalité est époustouflante de qualité musicale. La justesse du propos semble affluer naturellement dans un climat rejouissant et convivial. La production propre et léchée lisse les angles de cette musique rigoureuse et nullement hermétique, à l’inverse de ce qu’on pourrait pourtant penser.

Il faut se rendre à l’évidence, le Japon regorge d’incroyables formations douées et inventives, Machine and the Synergetic Nuts en est le parfait exemple. Cuneiform a le don pour dénicher les talents et fait encore une énorme opération en signant ce groupe au futur très prometteur.