Prasanna - Be The Change

19/03/2005

Par Djul

Label: Carbon 7 / Orkhestra

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Guitariste indien de son état, diplômé de la prestigieuse université de Berklee à Boston, et ami de feu Shawn Lane, Prasanna est considéré par certains comme le nouveau John Mac Laughlin du jazz fusion, rien de moins. Il est vrai qu’à l’écoute de ce Be The Change, on ne peut nier que le bonhomme est non seulement doué, mais apporte une touche vraiment personnelle à cette musique dont l’âge d’or est malheureusement resté bloqué aux années 70, avec Miles Davis, Weather Report et autre Mahavishnu Orchestra.

Son apport unique et original, c’est le phrasé carnatique que le guitariste, influencé par ses origines (Inde du Sud), emploie abondamment sur ses compositions. Précisons d’emblée que même pour les réfractaires à cette musique proche de la transe et parfois très répétitive, la musique de Prasanna reste accessible. De ce genre typique, extrêmement structuré voire codé (introduction, renouvellement ou extension des « ragas » ou mélodies sur un même rythme puis sur un rythme différent, parmi les trente-cinq répertoriés), le guitariste en a tiré une manière toute personnelle, symptomatique au centre de «Te ka ta ki ta blues », ou en version « slide » sur la ballade jazzy « Dharma becomes Alibama ».

Aidé par rien moins que sept instrumentistes de talent, Prasanna devrait mettre tous les amateurs de jazz fusion d’accord en dix titres, et s’attirer en particulier les faveurs des amateurs de Weather Report, qui se distinguait déjà par ses aspects ethniques (africains surtout) assez marqués. On retrouve d’ailleurs Alphonso Johnson du même Weather Report à la basse, ainsi que d’autres musiciens renommés, comme Andy Suzuki (Brubeck, Chick Corea) aux saxophones, aux flûtes et au piano et le batteur Ralph Humphrey (ex- musicien de Zappa, qui nous gratifie d’un solo anthologique sur le final de « Dharma becomes Alibama »). Ajoutez à cela Victor Wooten (basse) et Jeff Coffin (instruments à vents), tous deux membres de Béla Fleck et de the Flecktones et vous aurez compris que, décidément, « ça joue », et pas à moitié !

Et c’est toujours au Heavy Weather de Weather Report, que la musique de Prasanna fait penser sur « Pangea Rising » et ses développements à la guitare électrique, acoustique et électro-acoustique, ou le splendide « The Grapevine », sur lequel Jeff Coffin assure tous les instruments à vents (sax, flûtes, clarinette). Même si le disque est essentiellement instrumental, il subsiste quelques passages vocaux en sanscrit, assurés par la chanteuse Shalini sur « Bliss Factor II » et sur « Satyam », sorte de message cosmique psalmodié en « konnako », sorte de percussion vocale indienne, et en anglais.

Be The Change est sans doute le premier disque indispensable de jazz fusion en 2005. Grâce à des influences parfaitement intégrées et des musiciens au talent rare, Prasanna régalera les amateurs avec cet album qui renouvelle un genre et lui ouvre d’intéressantes perspectives.