Art Bears - The World As It Is Today(rééd)

16/03/2005

Par Djul

Label: Re Records

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Après avoir sorti un premier disque sombre et réussi, Hopes and Fears, déjà visité dans nos pages, puis Winter Songs, Art Bears propose en 1981 son troisième et dernier disque, The World As It Is Today.
Les plus attentifs d’entre vous auront déjà noté un détail pour le moins surprenant, à savoir les intitulés marxistes de l’ensemble des titres de l’album. Chris Cutler est un personnage connu pour ses positions politiques et les paroles déclamées avec rage par Dragmar Krause tout au long du disque attestent de convictions fermes et d’un rejet de l’ère capitaliste à l’époque incarnée par Reagan et Maggie Thatcher. Un exemple ? « Free to starve or to slave, free to choose A or B, as we’re offered to labour or die » (« libre de mourir de faim ou d’asservir, libre de choisir entre A ou B, tandis que l’on propose de travailler ou mourir”). Des paroles sans équivoques !

The World As It Is Today est un disque probablement plus difficile d’accès que ces deux prédécesseurs. Plus dissonant, et illustrant les textes de Cutler, la musique de Firth se fait plus mécanique, plus métallique : « Truth » ressemble à du Ministry passé au ralenti, sur lequel les hurlements de Krause en feront frémir plus d’un. Imperceptiblement, les Bears se rapprochent du groupe dont ils sont issus, Henry Cow. Mais Art Bears sait aussi prendre le contre-pied d’une telle formule et n’est finalement jamais plus impressionnant que lorsqu’il délivre quelques notes de piano menaçantes sur fond de violon grinçant, la voix grave de Krause planant sur l’ensemble telle une sourde menace.
Le disque se compose d’une succession de plages aux rythmes variés, mais à l’objet identique : faire comprendre à l’auditeur que les années quatre-vingt mèneront à l’apocalypse, et même dans les années 2000 on y croit ! Summum de l’album, « Song of the Martyrs » fait le pont entre les deux types de climats, par un début rugissant, un centre mélodique et un final étourdissant sur fond de batterie nerveuse et de piano tressautant. Ne restent, en guise de traces des deux premiers disques des Bears, que quelques réflexes théâtraux et Cabaret allemand comme le parodique « Law » et « The Song of the Dignity of Labour Under Capital », qui s’achève sur un fond industriel et un Firth au piano devenu fou.

Voici donc un album d’une rare noirceur, composé après une difficile tournée dans les pays d’Europe de l’Est, et qui ne vous laissera pas d’espoir au bout de ses douze titres. En matière de progressif, il n’y a peut être que le mythique Hérésie pour savoir aller plus loin encore dans cette direction. L’aspect déconstruit de l’ensemble incite néanmoins à ne le recommander qu’à un public averti.