Runaway Totem - Pleroma

13/03/2005

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Musea

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Depuis une petite dizaine d’années, le rock progressif transalpin est en pleine effervescence, renouant souvent avec son passé glorieux. Runaway Totem se trouve justement être un groupe italien – groupe… le mot est un peu fort, puisque la formation ne rassemble plus que deux musiciens. Est-ce pour autant un gage de qualité ? L’album précédent avait été chroniqué dans nos pages. Que s’est-il passé depuis ? Rien. Le groupe s’engonce dans ses défauts, et l’on pourrait aller jusqu’à dire que c’est encore pire. Précisons tout de même pour évacuer d’emblée toute critique de mauvaise foi crasse, que l’on ne peut dénier au groupe une originalité certaine. Mais avec Runaway Totem, ça passe ou ça casse. Et là, ça casse.

Pleroma – c’est le nom de l’album – évoque l’ascension de l’âme d’un défunt et son jugement dernier. Il s’agit d’un concept grandiloquent mis au service d’une musique qui ne l’est pas moins ! Certains pourraient voler au sommet des pyramides en écoutant cette musique, mais c’est devant la tombe de Toutenkarthon que l’on s’écrase. La musique de Runaway Totem est sombre et évoque, pêle-mêle et confusément, le post rock, le gothique, ELP, la musique zeuhl, le tout enrobé d’une production qui n’est absolument pas à la hauteur de tant d’ambition affichée. Certes, le chant lyrique de Cahål de Bêtêl est parfois superbe et, c’est vrai, ses intonations se rapprochent de certains morceaux de Magma. Certes, les musiciens s’avèrent très compétents. Mais cette volonté de tout mélanger dessert le groupe en définitive.

Non content de noyer l’auditeur sous des tonnes des claviers pompiers à souhait, Runaway Totem a en plus décidé de remplir son disque jusqu’à la gueule : soixante-neuf minutes ! Entre une première piste de dix-huit et une dernière de vingt minutes, il n’est même pas permis de se reposer lors de l’écoute des quatre autres morceaux de l’album. Là où un Magma émerveille, un Runaway Totem assomme. Mais, au fait, pourquoi oser cette comparaison, indigne pour le groupe de Christian Vander ? Ah oui, c’est l’un des arguments publicitaires de Runaway Totem. La pub est parfois abusive.

S’il avait pu résumer son propos, mettre un peu de finesse dans sa musique et surtout améliorer sa production, Runaway Totem aurait sans doute pu sortir un album intéressant. Aussi, avant eux, de nombreuses autres productions transalpines mériteraient qu’on y jette une oreille attentive. On en reparlera sans doute très bientôt !