Trettioåriga Kriget - Krigssång (rééd.)

12/03/2005

Par Djul

Label: Mellotronen

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Dans le cadre de notre passage en revue des disques de Trettioariga Kriget, attachons-nous à Krigssång. Il s’agit du plus récent disque disponible de la première période de TK, puisqu’il fut enregistré à l’été 1975 et sorti en 1976. C’est également le dernier disque du groupe pour CBS avant qu’il ne rejoigne le petit label local Mistlur en 1978. C’est enfin, à notre sens et à celui de beaucoup d’autres fans, le meilleur disque de cette ère, grâce à un son très propre, qui pourtant ne bride pas l’énergie évidente du groupe.

La première écoute devrait surprendre, par cet aspect rugueux du disque plutôt « live en studio » : guitare dissonante et basse détonante sont les instruments qui ressortent le plus, et l’absence quasi-totale de claviers ne fait qu’ajouter à cet aspect « prise directe ». Par ailleurs, la musique développée ici est assez unique. Le chant de Robert Zima est exclusivement en suédois et particulièrement mis en avant : aigu, presque « glam » à la manière de Uriah Heep mais toujours prog à la Peter Hammill, il occupe l’espace sonore et vous fera immédiatement adhérer, ou non, à TK. Une chose est certaine : les progrès du chanteur, depuis le premier album éponyme, sont énormes.

Musicalement, TK peut paraître un peu « décharné » : basées sur des structures relativement simples et des motifs mélodiques répétitifs, les compositions de Krigssång sont pourtant très efficaces. Moins sombres que sur le premier album, les titres sont plus diversifiés et construits autour de la basse tellurique à la Squire de Stefan Fredin et de la guitare bavarde de Christer Åkerberg, de sorte qu’une filiation avec Yes et les Who est souvent tentante. Ainsi, « Metamorfoser » est basé sur un phrasé de guitare d’Åkerberg typiquement « Howeien » tandis que « Ag Och Jag Och ”Jag” » est une splendide balade acoustique, avec un interlude de guitare classique limpide. Parmi les influences nouvelles du groupe, notons « Murar », un morceau intégralement instrumental, visiblement inspiré de la dernière partie de « Shine On You Crazy Diamond ».

Mais reste cette « patte » suédoise, déjà présente 15 ans avant les Landberk et autres Anekdoten, comme sur les deux parties de « Krigssång ». Il n’y a aucun doute à avoir sur l’influence de TK sur la jeune et talentueuse génération nordique. La première partie, baignant dans un mellotron souffreteux, est une première illustration de ce constat. L’épique « Krigssång II » enfonce le clou et constitue le morceau de bravoure du disque, avec son chant final en falsetto rappelant immanquablement le magnifique « Song For Europe » de Roxy Music. Les quinze minutes précédant ce grand moment sont aussi mémorables, entre un VDGG mélancolique et des thèmes plus gais.

Trois titres-bonus sont ajoutés sur cette édition CD, tirés de démos des morceaux qui composeront Hej Pa Er, leur album de 1978. On y découvre un TK plus accessible, avec plus de claviers et de saxophone, pour un résultat efficace ressemblant aux premiers Saga : plus convenu, mais de qualité. br>
Au final, voici un disque singulier, « coincé » entre ce qui allait bercer les groupes du « progressif nordique » (musique puissante et sombre) et des racines progressives et rock plus traditionnelles (références au « glam rock » et à Yes). Il constitue également le meilleur point de départ pour découvrir le groupe, même si on lui préférera le tout dernier Elden Av år.