A. Redfearn & The Eyesores - The Quiet Room

10/03/2005

Par Djul

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Crée en 1997 par Alec Redfearn avec un groupe de rock et un petit trio « classique » (cordes et hautbois), The Eyesores a déjà réalisé trois albums, avant de choisir de sortir sa dernière œuvre sur Cuneiform Records. Alec est accordéoniste. Vous n’auriez pas pensé qu’un tel instrument puisse être progressif ? Détrompez-vous !

A l’instar des groupes de zeuhl, mais avec une démarche légèrement différente, The Eyesores propose une musique hypnotique et répétitive, sombre, voire même funeste. Si comme Univers Zero ou Présent, le groupe s’inspire de la musique des pays de l’Est pour enrichir la leur, il incorpore également des éléments de folk américain et d’airs des années vingt. C’est ainsi que cet ensemble de neuf musiciens et de neufs « élèves » (aspirants à devenir membres permanents ?) propose un patchwork de sons et de rythmes fous, avec une constante cohésion. Le tout se conçoit dans une forme majoritairement instrumentale, même si Alec et Margie Wienk, également à la basse, interviennent parfois à la voix, permettant de relâcher la tension omniprésente sur The Quiet Room.

Les rythmes chaloupés et les harmonies typiques de l’Europe de l’Est sont donc omniprésents sur ce disque, grâce à l’apport de cuivres, l’ensemble dérivant souvent vers de l’avant-rock ou le jazz barré à la Masada. Alec joue de son accordéon comme d’une guitare, avec des riffs et parfois des stridences typiques de ce dernier instrument. On retrouve même l’instrument d’Yvette Horner dans des interludes où il est amplifié et manipulé (réverbérations ou échos) pour un résultat souvent impressionnant et… beau, comme si John Cage ou Steve Reich s’en étaient emparés. Les passages vocaux sont plaisants, comme sur « The Smoking Shoes (04) », où on croirait entendre Marianne Faithfull déprimée – pléonasme ? – sur une valse tzigane sans fin.

Sorte de Gypsy Kings du progressif, patraque et nihiliste, The Eyesores est le pendant obscur des lumineux The Claudia Quintet, groupe de post-jazz également sur Cuneiform, et lui aussi composé d’un accordéoniste. La formation reprend à son compte cet art subtil et pernicieux de faire naître la mélancolie d’une musique d’apparence festive et délirante, pour un résultat difficile d’accès mais à conseiller aux amateurs de rock in opposition.