Imago - Derrière le Rideau (rééd)

01/03/2005

Par Régis Tagli

Label: Musea

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Exhumé, comme d’autres de ses congénères, du tombeau des années soixante-dix par le label Musea, Imago propose une musique qui ne contient pas beaucoup d’éléments progressifs à proprement parler, mais s’inscrivant dans le style de variété française telle qu’elle se pratiquait à l’époque. A savoir un mélange entre textes fouillés et musique accessible mais comportant toujours une idée, un plan la rendant intéressante à écouter comme à jouer. Ainsi la production fait-elle beaucoup penser à Lavilliers période 1974/1979. La voix, elle, peut évoquer tour à tour William Sheller, un Claude Nougaro avec légère perte d’accent, sans oublier l’inévitable Christian Décamps, mais beaucoup moins cependant que bien des chanteurs de l’époque ! Nous sommes en terre connue, et ce côté passe-partout de la voix permet à l’auditeur ‘lambda’ d’être plus facilement accroché par les textes.

De ce côté, Imago se retrouve très loin des poésies salaces ou des effets de style que pratiquaient à cette époque Décamps ou Thiéfaine. Plus ancrées dans la réalité, les petites fables ici distillées sont souvent piquantes, pleines d’amertume voire de cynisme et de jeux de mots tôt ou tard (« deux squelettes moches jouaient aux os laids ». En cela on se rapproche plus de la noirceur qu’imposera à la même époque Bernie Bonvoisin, le nihilisme en moins mais dénonçant la même bêtise. La musique joue un rôle de contrepoids, plus souvent sautillante que maussade. On pense au style et au savoir-faire des Martin Circus, voire des Charlots le temps d’une ‘fable’ onirique. A cela s’ajoute deux dernières influences, un peu inattendues : Jethro Tull et Canned Heat (grâce à la flute principalement), ce qui donne au disque un aspect champêtre plaisant.

Proposant de petits tableaux musicaux bien ancrés dans leur époque, Imago n’amène rien de foncièrement inédit mais, son typique des seventies oblige, il saura éveiller quelques souvenirs émus chez les amoureux de la variété, du temps où celle-ci était, justement, variée. Voici un disque qui non seulement évite l’uniformité grâce à des ballades plus réussies que la moyenne du genre, mais de plus a la bonne idée de ne pas durer trop longtemps, juste assez pour partager quelques tranches de vies passées. Pas du tout indispensable, mais bon témoin musical et social d’un temps que les moins de vingt ans pourront ainsi découvrir.

Ses auteurs, après l’aventure Imago, retourneront au monde réel : Bernard Benguigui sera le régisseur du pianiste de jazz Michel Petrucciani, et Claude Six sera le découvreur et manager d’un phénomène mondial, le « Zoulou blanc » Johnny Clegg.