Psychanoïa - Psychanoïa

18/01/2005

Par Justin Poolers

Label: Autoproduction

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Psychanoïa est un nouveau groupe français, originaire de Saône-&-Loire, dont le premier disque est sorti en Octobre dernier. Présenté comme un concept instrumental, l’album est une sorte de roman écolo-futuriste à faire soi-même, telle la bande originale d’un film dont on offrirait juste un synopsis. Psychanoïa s’est permis, pour cette première production, un luxueux emballage qui le distingue d’emblée, y incluant un beau livret contenant le ‘scénario’, mini story board en texte et photos de l’histoire contée.

Au niveau musical, voilà un groupe qui a tranché entre progressif et metal : il mélange fièrement les deux, et sait se servir de ses instruments : tout est en place, et les plans techniques foisonnent qui ne sont pas du genre à être exécuté par des lapins de trois jours ! On offre ici un curieux mixage entre guitares saturées sur rythmiques hachées à la double pédale et ambiances plus aérées, souvent groovies, tirées des glorieuses seventies.

On entend de tout sur cet album, sauf du chant : normal, Psychanoïa est instrumental. Et éclectique en plus, c’est un euphémisme, tant on peut aller allègrement du coq à l’âne dans un même morceau, en passant par le psychédélique, les boucles électroniques ou la musique d’ascenseur, comme sur « Osmosis ». Peut-être là le premier bât blesse-t-il : si certains enchaînements apparaissent très réussis, d’autres sont équivoques. Mais c’est un moindre mal, car trois points viennent ternir cette œuvre ambitieuse : longueur, production et force des thèmes.

Quel artiste peut en effet espérer tenir l’auditeur – surtout non musicien – en haleine avec de la musique totalement instrumentale pendant soixante-dix-sept minutes ? Ils sont peu nombreux, et malheureusement Psychanoïa n’en fait pas encore tout à fait partie. Les dix neuf minutes de « Psychanoïa part I » notamment, au goût de Dream Theater époque Awake, nécessitent un certain effort, alors l’originalité du titre n’est pas frappante.
Pour la production, l’album semble avoir été enregistré dans des conditions live, ce dont on peut féliciter les musiciens car la méthode n’est pas aisée. Par contre, la qualité du son, la balance des instruments s’en ressentent souvent, à un point dont on ne peut hélas faire abstraction.
Enfin, les thèmes forts manquent : si l’album regorge de bonnes idées, elles sont disséminées ça et là entre des digressions assez « musiciennes » qui n’impressionneront pas forcément les auditeurs non instrumentistes. On pourrait certes parler de rock expérimental ou de nouvelle musique, mais ce serait peut-être forcer l’album vers un public restreint…

Avec une bien meilleure production et une bonne synthèse de son propos alors recentré sur ses meilleures idées, il est certain que Psychanoïa pourrait devenir un acteur essentiel de la scène progressive française tant son potentiel semble important. Malgré la marge d’amélioration restante, on peut avoir envie de se laisser convaincre.