Richard Leo Johnson Trio - Poetry Of Appliance

04/01/2005

Par Djul

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Cuneiform Records se recyclerait-il dans les shredders fous ? C’est la question que l’on peut se poser à l’écoute de ce nouveau « disque de guitaristes » publié après celui de Frédéric l’Epée et Yang. Néanmoins, et tout comme ce dernier, le dénommé RLJ3 s’éloigne singulièrement des productions décriées de Mike Varney. En effet, fort d’un vrai effort de groupe et de sonorités singulières pour un album instrumental, RLJ3 s’entend comme un groupe bien plus que comme la réalisation du seul Johnson sur douze et six cordes. Signalons par ailleurs que ledit Johnson est déjà auteur de deux disques sur le mythique label Blue Note.

Un titre comme “Highway 420 Revisited” a le singulier avantage de planter un décor, et de donne tout de suite l’esprit dans lequel ce disque a été conçu : complètement « speedé », euphorique et jazzy, il est l’un des meilleurs réveils matins de ces dernières années ! Porté par la guitare (le plus couramment) acoustique de Johnson, le violon souvent aérien de Ricardo Ochoa et les claviers parfois expérimentaux de Andrew Ripley, RLJ3 sonne comme nulle autre formation, tout en restant très accessible, avec un effort porté sur les mélodies, que le trio aime néanmoins à déformer et distordre. Ils sont rares, les disques instrumentaux que l’on chantonne après deux écoutes ! Le jeu de Johnson, tout en arpèges, dont il s’amuse à faire varier la vitesse avec élégance, est bavard et imprévisible et se passe de toute base rythmique sans difficulté.

Un tel descriptif permettra à l’amateur de reconnaître bien des aspects de John Mac Laughlin au sein de son Mahavishnu Orchestra. Ajoutons également un goût prononcé pour le folk à l’américaine. Les deux autres instruments participent tout autant à l’atmosphère mystérieuse de l’ensemble : « Charmin’ Carmen » ou « Her To Hymn » sont mi-paisibles, mi-exaltés et portés par les envolées de violons et des claviers minimalistes qui rappellent les œuvres les plus accessibles de Steve Reich. L’essentiel du disque est donc assez calme, mais pas soporifique. Le boogie « Glide Path », ou « Haploid Springs », où surf-guitar et expérimentations électroniques se mêlent avec bonheur, font exception à la règle, et laissent place aux rares passages électriques du disque.

Autant d’aspects qui auraient très bien pu guider ce trio, hors Cuneiform, vers un label comme Tzadik, aux côtés de noms comme Marc Ribot ou Bill Frisell. Rarement on aura entendu exercice (quasi) acoustique aussi exalté, de sorte qu’il ressort une certaine spiritualité d’un titre comme « The Moon Is A Sky Thing ». Johnson, le Ryuichi Sakamoto de la six-cordes ? Pas faux… .

Poetry Of Appliance est une oeuvre sophistiquée mais qui charme toujours l’oreille. Compatible avec un dîner en amoureux comme avec une réunion de progophiles pointus, RLJ3 joue et gagne sur biens des tableaux. Un soupçon de prise de risque supplémentaire et une durée plus importante – on dépasse à peine les quarante minutes – lui auraient permis de faire de ce coup d’essai un vrai coup de maître.