Caravan - If I Could Do It All Over Again, I'd Do It All Over You

18/11/2004

Par Pierre Graffin

Label: Decca

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De tous les groupes issus de la fameuse école de Canterbury, Caravan est probablement le plus atypique et le plus original. La formation nait peu avant 1968, année de la sortie de leur premier – et prometteur – album. If I Could… est leur premier disque sous le label Decca, l’un des futurs viviers, à l’époque, de la scène progressive.

L’une des caractéristiques du groupe des frères Sinclair (Richard à la basse et au chant, David aux claviers – ce dernier officiera d’ailleurs quelques années plus tard dans Camel) est leur approche de la composition et les conditions de leurs enregistrements en studio. Même si chaque chanson est créditée par les cinq membres, chacun apporte une idée qui lui est propre, que les autres enrichissent alors ensuite de leurs propres influences. De la même manière, les conditions d’enregistrement, assez live, donnent à l’ensemble une spontanéité et une fraîcheur qui dénotent singulièrement des œuvres de leurs pairs, Soft Machine notamment, et tranchent avec le côté solennel de certains autres, King Crimson en particulier. Il en résulte un disque assez atypique et joyeux dans son ensemble, même pour les titres « chimiquement inspirés » (« And I Wish I Were Stoned / Don’t Worry ») dont le traitement est radicalement différent des visions « barrettiennes » du premier Pink Floyd, par exemple.

Les relations amicales entre les membres sont exceptionnelles, les connivences artistiques en symbiose totale et cela se ressent d’une manière presque palpable tout le long de ce disque très homogène.
Habité de textes parfois très poétiques (« Let me see the world through your eyes ») et imprégnés de surréalisme, If I Could… navigue au gré d’ambiances très diverses, alternant des plages très enlevées et d’autres beaucoup plus planantes (« With An Ear To The Ground You Can Make It / Martinian / Only Cox / Reprise ») avec une maestria et une technicité musicale peu commune. La récente version remasterisée de cet album est agrémentée de bonus – indispensables uniquement pour le fan ! – dont des démos de «And I Wish I Were Stoned » et « Hello Hello », mais surtout « A Day In The Life Of Maurice Haylett », composé principalement par David Sinclair et qui tranche curieusement avec l’ambiance générale de l’album original.

La réussite artistique de cet album sera confirmée sur le disque suivant, In The Land Of Grey & Pink mais, malgré une production qui ne lui rend pas totalement justice, If I Could Do It All Over Again, I’d Do It All Over You reste réussi et très attachant, par son côté anachronique et un peu suranné. Une jolie manière de découvrir une face inédite du progressif.