Mike & The Mechanics - Rewired

09/11/2004

Par Pierre Graffin

Label: Virgin Records

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Mike & The Mechanics, s’il faut le rappeler, constitue le groupe de Mike Rutherford, (ex ?) guitariste de Genesis. Ayant signé dans les années quatre-vingt les tubes formatés FM que furent « Silent Running » ou encore « All I Need Is A Miracle », la formation s’était un peu faite oublier par la suite avant d’exploser littéralement avec « Over My Shoulder » en 1995. Après un album acoustique plutôt ennuyeux qui tranchait singulièrement avec le très réussi Beggar on a Beach of Gold, Rewired – littéralement « rebranché » – remet d’emblée les pendules à l’heure avec des arrangements très actuels. Certains ont pu y voir une trahison, mais une écoute plus attentive s’impose.

La qualité de la production frappe dès la première écoute : le son y est tout bonnement énorme ; très synthétique certes, mais jamais aseptisé. Une fois passée cette première impression sans doute déconcertante pour les fans de The Living Years ou Word of Mouth, on s’aperçoit très vite que Rewired fournie en plus une richesse et une variété rares.
Il s’agit même d’un véritable exercice de style, oscillant entre le R&B avec le très beau « I Don’t Want It All », survolé par la voix toujours incomparable de Paul Carrack dont la contribution augmente sur cet album, la musique électronique, des ballades groovy et… le progressif.
Car, oui, Rewired est sans doute l’album le plus « progressif » de la discographie de Mike & The Mechanics ! Il suffit d’ailleurs d’écouter le titre qui donne son nom à l’album, premier des deux instrumentaux de ce disque, pour s’en convaincre : un rythme lancinant, montant doucement en puissance pour être littéralement déchiré par l’intrusion rageuse d’une guitare qui n’est pas sans rappeler celle de « Mama », il y a plus de vingt ans !

Le deuxième instrumental, « Underscore », se veut quant à lui un authentique condensé d’inventivité musicale, débridé et parsemé de ruptures sonores et rythmiques d’extrême valeur. « If I Were You » persévère, lorgnant assez étrangement du côté de Massive Attack avec une ambiance lourde et sombre, voire oppressante, et un final on ne peut plus progressif !
Seul le convenu bien qu’efficace « Perfect Child » aux mièvres paroles, fait un peu tache sur un ensemble qui réussit l’exploit d’être hétéroclite et aventureux sans jamais être exigeant : les titres s’enchaînent avec un naturel et une harmonie très surprenants malgré leur diversité. Si l’on ajoute à cela une aisance mélodique déconcertante, on obtient l’une des pépites musicales de 2004.

Mike Rutherford prouve ainsi, et on ne peut que s’en réjouir quand on fait partie de ceux qui espèrent, un jour, une reformation de Genesis, que son inspiration est intacte. Il contribue à donner au terme « progressif » ses lettres de noblesse et démontre que, malgré la tragique disparition de Paul Young il y a quatre ans, il sait toujours s’entourer de « mécaniciens » dont l’art s’apparente d’ailleurs bien plus à de l’orfèvrerie qu’au changement d’un joint de culasse.