The Watch - Vacuum

09/11/2004

Par Djul

Label: Lizard

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Après le phénomène Shaun Guérin et The Musical Box, le petit monde du progressif a enfanté un autre rejeton nourri à Genesis. The Watch est un groupe italien connu des amateurs pour ses prestations scéniques rappelant le Genesis 1972-1975 : maquillage, décors, mise en scène, tout concorde pour un spectacle unique, dont la dernière représentation se tenait récemment au Festival Progrésiste à Verviers. Si l’aspect « reconstitution historique », forcément passéiste, rapproche The Watch de The Musical Box, l’existence d’une musique originale permet de faire un autre parallèle, cette fois entre les Italiens et Shaun Guérin.

Nés trop tard pour voir leur groupe de référence de leurs propres yeux, les Transalpins se sont visiblement rabattus sur une écoute intensive des cinq albums de Genesis parus entre 1970 et 1975, et se sont réappropriés les codes, le style et même les sons de la bande du Gab’ pour leurs propres compositions. En résultent ce Vacuum et ses deux prédécesseurs, Twilight, daté de 1997 et sorti sous le nom plus krimsonien de The Night Watch, et Ghost (2001).

Une fois le disque mis en route, la ressemblance entre la voix de Simone Rossetti et celle du Gab’ surprend, constat que l’on peut d’ailleurs étendre aux musiciens respectifs des deux groupes, la palme revenant à Ettore Salati pour ses guitares stratosphériques et en arpèges à la Hackett, et à Sergio Taglioni, aux claviers à la Banks, au son près. Du point de vue de l’écriture, la préférence évidente de The Watch pour la période 71-73 de Genesis se remarque, de par les connotations tout à la fois épiques, naïves et romantiques qui émaillent le disque. L’introduction de « Out of the Land » n’aurait donc pas dépareillé sur « Supper’s Ready », et « Wonderland » aurait pu être l’une des fausses ballades que le groupe anglais composait alors. Quant à l’énergique « Shinning Bald Heads », il doit sans doute une partie de sa composition à l’écoute intensive de Nursery Cryme, et plus particulièrement de « Harold the Barrel » et autre « The Return of the Giant Hogweed », auxquels il emprunte piano entêtant et riffs aigrelets.

Quelques écarts à cette doctrine existent pourtant. « Goddess » et son riff trop accentué pour sortir des cordes de Hackett, se rapprocherait d’un Marillion première période, avec ses claviers plus synthétiques qu’analogiques. De même, l’intro et l’outro du disque, ainsi que « Deeper Still », explorent une facette plus sombre de The Watch, et entrouvrent d’ailleurs d’intéressantes perspectives d’évolution. Las, on prend ces passages pour de fugaces interludes, avant d’être repris malgré soi par le jeu des comparaisons, forcément en défaveur des Italiens.

D’évidence, il manque à The Watch le grain de magie essentiel à tout grand groupe et ce, même en faisant abstraction du manque quasi-total d’originalité de leur œuvre. Sur ce dernier point, la musique proposée ne peut d’ailleurs que paraître « bien faite, bien imitée », mais rien de plus, tant les Italiens semblent refuser de s’en affranchir. Avec Vacuum, The Watch aurait pu faire le vide autour de lui, mais le groupe se retrouve pénalisé par une influence aussi présente. Shaun Guérin, avec son dernier album posthume, The Epic Quality of Life, souffrait du même handicap, mais le dépassait pourtant grâce à de splendides mélodies, plus à l’honneur que sur Vacuum. Seuls les inconditionnels de Genesis pourront le leur pardonner totalement.