Elend - Sunwar The Dead

09/11/2004

Par Djul

Label: Holy Records

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Alors que beaucoup craignaient de ne plus entendre la moindre note de l’un des groupes les plus sombres et originaux que la France ait porté, Elend était réapparu l’année dernière, presque par surprise. Le duo Hasnawi/Tschirner proposait le premier chapitre d’un cycle de cinq albums, avec Winds Devouring Men, qui marquait la fin des chants hurlés, élément particulièrement rédhibitoire pour certains à l’écoute des disques précédents, et un recentrage sur une orchestration plus simple, moins grandiloquente, mais plus subtile aussi.
C’est moins d’un an après la sortie de ce disque que Sunwar The Dead poursuit l’œuvre d’Elend, plus tôt que quiconque ne l’espérait. Paradoxalement, le groupe a évolué au moins autant dans ce court laps de temps qu’entre The Umbersun et Winds Devouring Men, pourtant séparés de cinq années.

Aidé d’un orchestre complet et d’un chœur de huit voix féminines, soit cinquante musiciens conduits par David Kempf, le duo s’éloigne néanmoins de la musique classique « traditionnelle » et harmonieuse, pour lui préférer des sonorités plus froides – voire plus électroniques – et dissonantes que celles employées jusqu’alors, hors The Umbersun. Partant, ce nouveau disque est clairement plus difficile d’accès que son prédécesseur, tant son approche est plus moderne et radicale. Témoins de cette nouvelle orientation, « The Hemlock Sea » et « La Terre n’Aime Pas Le Sang », au titre évocateur, dévoilent le côté abstrait du groupe et son goût plus prononcé pour les percussions et les rythmes.
Ce dernier aspect est d’ailleurs présent même sur les titres plus organiques, comme sur « Sunwar The Dead », qui part dans une cadence folle, ou encore « Laceration », meilleur morceau de l’album où voix et rythme sont travaillées en décalage.
Elend n’a pourtant pas renoncé à la formule de composition qui a fait son succès, de sorte que Sunwar The Dead est parsemé de titres plus épiques et « accessibles » : « Chaomphalos » et « Threnos », dominés par la voix pure de soprano d’Esteri Rémond, sont autant de moments lyriques rappelant la fausse quiétude des Ténèbres du Dehors, tandis que quelques textes français récités d’une voix lasse à la Brendan Perry font leur apparition et établissent une filiation claire avec Winds Devouring Men.

Sunwar The Dead s’impose donc comme un disque équilibré et complet, qui explore nombre de directions. Moins immédiat que son prédécesseur, qui voyait le groupe composer de véritables chansons et qui s’avère être avec le recul son album le plus « romantique », il tranche également avec toute la discographie précédente d’Elend grâce à ses sonorités et rythmes martiaux, bande originale d’une guerre imaginaire. Ceux qui attendaient plus d’expérimentation et de prise de risque de ce musiciens depuis leur retour l’année dernière devraient être comblés. Les autres ne devraient pas se jeter dans l’aventure sans s’assurer au préalable de leur goût pour cette musique exigeante et sombre.