Attica - You Are In Danger

28/10/2004

Par Djul

Label: Carbon 7 / Orkhestra

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“A Time To Improvise Casual Awareness”, voici le mot d’ordre de ce quintette belge. Leur but ? Faire du rock avec une formation jazz, et composer des morceaux tout en laissant une place à l’improvisation. Tout un programme qui peut sonner un peu présomptueux, au vu de l’étendue du chantier qu’implique une telle relecture d’un genre vieux de plusieurs décennies. Sur You Are In Danger, Attica ne révolutionne pas le rock, c’est une évidence. Mais il offre d’intéressantes variations en empruntant au jazz, pour finalement s’imposer, à l’instar de Deus, à la pointe de la pop expérimentale.

Les treize compositions de ce premier disque sont avant tout des chansons, qui mettent en avant la très belle voix d’Amaury Massion, entre Chris Martin (Coldplay) et Jeff Buckley, pour ses envolées très hautes et délicates. La musique d’Attica pourrait être qualifiée de rock sophistiqué : les ruptures et la technique ont leur place au sein de compositions très accessibles et mélodiques. Le meilleur exemple est le long « Sober Blues » (titre paradoxal, s’il en est), sur lequel une ballade mélancolique imparable se mue imperceptiblement en montée en puissance instrumentale : un travail d’orfèvre ! De même, le groupe est aidé par quelques invités, pour un résultat toujours séduisant : « Sweet Rain », à l’image d’un Pink Floyd période Dark Side Of The Moon, est mis en valeur par un big band de cuivres, qui intervient également sur « Telefascination ». Le rythmé « Urban Fields » voit sa tristesse renforcée par quelques violons, tandis que c’est littéralement une fanfare entière qui se plaint sur « 127 Bis » ! On souhaiterait presque que ces musiciens additionnels soient plus mis à contribution, car ils renforcent la singularité d’Attica.

L’influence du jazz est évidente, à la fois dans le choix de l’instrumentation, contrebasse, ensemble de cuivres, ou dans le jeu – le batteur, Colin Debruyne, a été élevé à cette école, sans aucun doute – même quand Attica s’essaye au blues ! Les espaces laissés à l’improvisation sont en revanche moins nombreux que ce que l’effet d’annonce laissait espérer : le chaloupé « Telefascination », le post-rock et très Wyatt « Perfect Bubble » et « Sober Blues » sont les rares moments où le groupe se lance en roue libre. Enfin, notons une reprise du maudit Nick Drake, choix très logique vu le style dans lequel évolue Attica : « Riverman », tiré de Five Leaves Left, dont l’ambiance automnale est très bien restituée.

Voici donc un disque atmosphérique et mélancolique qui, dans une veine plus aventureuse que Deus, propose une musique « progressive » grâce à des idées originales et une instrumentation riche. Il faut aussi souligner que le potentiel commercial d’Attica va bien au-delà de l’exigeant mais restreint public progressif, grâce à des compositions fondamentalement pop sans que son intégrité musicale ne puisse pour autant être mise en doute.