Siren Circus - Solid Poems On A Ghost Of A Subject

28/10/2004

Par Djul

Label: Carbon 7 / Orkhestra

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Siren Circus est un duo composé de deux sœurs jumelles, Cathryn et Lucie Robson, dont la qualité de la musique permet de passer outre un titre alambiqué et une pochette d’un goût… douteux ! Se réappropriant l’héritage passé de Kate Bush et, en constitution, de Tori Amos, les deux jeunes Anglaises interprètent une oeuvre très personnelle dont elles sont les seuls compositrices.

Très éclectique, cette musique est qualifiée par les Robson de « poésie sonore », ce qui n’est pas faux puisque plus que des morceaux, les jumelles dépeignent surtout des atmosphères : pas de structure préconçue, un titre peut débuter sur un refrain ou enchaîner trois couplets possédant trois rythmes différents, etc… L’ensemble est d’ailleurs quasi-exclusivement joué par des synthétiseurs, les quelques rythmes programmés étant souvent noyés sous des nappes de claviers ou de piano. Il faut d’ailleurs souligner que les allergiques à ce type d’instrumentation et aux sonorités eighties en général, ne devraient probablement pas s’approcher de cet album : on est parfois proche de Japan ou de certains morceaux du Peter Gabriel du début des années quatre-vingt. Siren Circus brasse néanmoins large, du bel canto au cabaret en passant par la pop électronique ou gothique, évitant ainsi une catégorisation trop rigide.

La formation dispose d’une forte singularité grâce au travail vocal des deux sœurs, qui s’amusent à interposer et mélanger leurs voix (« Closet Something »), d’autant que les timbres et les effets chantés sont tellement variées, du cri au miaulement en passant par de nombreuses voix parlées ou chuchotées, qu’il est difficile de saisir un style particulier. Musique répétitive à la Glass (« Sweet Synchronicity »), cabaret (« Got My Slap On »), voire musique nouvelle (« Subtext », très « Tori Amos sous acide »), bien des styles vocaux sont abordés ici. Souvent, la voix devient un instrument à part entière, assurant une rythmique lorsqu’elle est samplée (voir le splendide « Doorman », ou les vocalises formant des violons sur « My Father Was A Frenchman »). Dans tous les cas, Siren Circus arrive fort bien à remplir l’espace sonore, de sorte que malgré une trame instrumentale très éthérée sur la plupart des titres, on ne s’ennuie jamais. Quelques titres plus mélodiques parsèment Solid Poems et aident à trouver de nécessaires points de repères : le superbe « Unstraightforward World » où les sœurs Robson s’échangent les rôles avec bonheur, ou « Sad Passenger » faisant la part belle au piano.

Voici donc un album singulier et difficile d’accès à double titre. Tout d’abord, le parti pris du duo de tout construire sur la voix pourra rebuter ceux que l’exercice n’intéresse pas, voire ceux que le chant très maniéré – avec beaucoup de vibrato et souvent très aigu, comme sur « World Was Young » – n’attire pas. En second lieu, Solid Poems est parfois trop disparate et on aurait peut être aimé que le duo ne se concentre que sur un ou deux styles pour mieux les développer. De même, plus d’attention à l’instrumentation aurait été bienvenue : le morceau d’introduction, « Anthem », est l’un des plus travaillés musicalement parlant et il s’avère de ce fait supérieur à la quasi-totalité des titres suivants. En dehors de ces quelques remarques, Siren Circus a réalisé un disque que l’on peut apprécier si l’on a l’esprit aventureux.