Aka Moon - Invisible Moon

13/10/2004

Par Aleksandr Lézy

Label: Carbon 7 / Orkhestra

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Aka Moon est une éminente formation de jazz, belge comme nombre de groupes signés sur le label de l’ancien d’Univers Zero Guy Seghers, Carbon 7. Le groupe n’en est pas à son coup d’essai puisque cet album, troisième et dernière partie d’un triptyque au nom générique Invisible, est le douzième disque de ces artistes. Dans cette discographie figurent des collaborations inimaginables avec des pygmées d’Afrique Centrale, chez lesquels ils ont vécus et dont ils tiennent leur nom, une apparition hallucinante au beau milieu d’un opéra contemporain de Philippe Boesmans, ou encore l’ensemble Ictus et des invités tels le percussionniste indien Umayalpuram K. Sivaraman – officiant sur cet Invisible Moon – le percussionniste Doudou Ndiaye Rose du Sénégal, le guitariste français Marc Ducret, etc. La musique d’Aka Moon a toujours inspiré beaucoup de respect en vue des recherches et des ingéniosités dont les musiciens ont fait preuve jusqu’à maintenant.

Dans un esprit toujours jazz, le groupe propose une logique différente de celle des artistes plus traditionnels de la branche. Les tournures et les échelles d’accords sont bien présentes mais des éléments pertinents viennent rendre leur musique toute autre, lui permettant ainsi de dépasser un simple style. La formation, constituée des membres permanents Fabrizio Cassol (sax alto et composition), Michel Hatzigeorgiou (basse), Stéphane Galland (batterie) et Fabian Fiorini (claviers) est enrichie d’invités prestigieux, constituants à eux seuls un apport d’une grande richesse. Umayalpuram K. Sivaraman y joue du mridangam, un tambour traditionnel oblong à deux côtés et au fût disposant de deux bouches de taille inégale, une petite qui génère les sons aigus, et une grande pour les sons graves. A ses côtés, on trouve David Gilmore (guitare), grand collaborateur de Steve Coleman, Benoît Delbecq (claviers), David Linx (voix et paroles), Usha Rajagopalam, V.V Ravi et C.N. Chandrashekar (violons). Il va sans dire que bien utilisée, une formation de ce type ne peut offrir que des couleurs nouvelles. ET de fait, immédiatement une ambiance particulière s’installe, un mélange d’exotisme et de sombres pensées.

Si la musique de la formation est complexe, elle n’en demeure pas moins abordable. Les mélodies, loin d’être aseptisées, se déroulent dans une trajectoire toujours surprenante. Les arrangements ont été soignés, atypiques, laissant place à chaque instrumentiste. Chacun joue son rôle de la plus belle manière qui soit, en évitant tout mimétisme avec le voisin. Aucune frivolité n’obscurcit le tableau et c’est toujours subtilement que de nouvelles cellules apparaissent. Qui plus est, la touche indienne est présente sans obnubiler ni étouffer l’ensemble.

Album de jazz sans en être vraiment un, cet Invisible Moon surprend à chaque instant par une emphase véritablement progressive. La fusion entre les concepts orientaux et une écriture européenne hautement travaillée est quasi parfaite, l’esprit neuf et cette formule musicale riche. Aka Moon, toujours, ne cesse de surprendre …