Angra - Temple Of Shadows

10/10/2004

Par Greg Filibert

Label: 10 Worlds

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Peu de personnes ont pensé qu’Angra survivrait au départ de plus de la moitié de son personnel. Contre vents et marées, les rescapés Kiko Loureiro et Rafael Bittencourt ont su dénicher d’excellents musiciens pour réaliser un Rebirth certes rassurant mais peu inspiré, jouant avant tout la sécurité. Après un petit temps d’adaptation, la nouvelle mouture fait son retour avec le très attendu concept-album Temple Of Shadows !

Laissons au groupe le soin d’évoquer le concept dans une interview à venir pour mieux se concentrer sur la musique. Temple Of Shadows se divise en deux parties. Si dans la première le quintette reste fidèle à son speed mélodique et ses quelques ficelles, il propose des titres plus lourds et techniques qu’à l’accoutumée. La seconde quant à elle se veut modérée et plus progressive. Les ex-nouvelles recrues ont eu ici d’avantage de liberté, notamment Edu Falaschi. D’ailleurs, difficile de regretter André Matos tant son remplaçant se montre performant ! Après la bonne impression de Rebirth, le chanteur expose ici toute l’étendue de son talent. Son timbre plus agressif fait merveille sur des chansons pêchues comme « Spread Your Fire » ou « Angels & Demons », futur fer de lance des prochains concerts mais ceci ne l’empêche pas d’être aussi très à l’aise lors de ballades telles que « Wishing Well » ou « No Pain For The Dead », titre mélancolique augmenté d’une belle prestation de Sabine Edelsbacher (Eden Bridge). Finis aussi les chœurs estampillés Matos encore rémanents sur le précédent disque : ils y perdent peut-être en caractère mais y gagnent indéniablement en ampleur et puissance.

Les influences latines d’Angra ressortent clairement sur la seconde moitié de l’album, et sont utilisées de manière appréciable : le chanteur brésilien Milton Nascimento vient même pousser la chansonnette en Portugais sur « Late Redemption ». Le clou du spectacle reste « The Shadow Hunter », chanson de huit minutes où se conjuguent avec bonheur metal progressif et musique latine, en plus d’un passage plutôt inhabituel chez le groupe qui n’est pas sans rappeler « Siberian Khatru » de Yes !
Le solo de guitare des deux fines lames demeure une franche réussite, remarquablement construit et sans tomber dans le démonstratif. Et puisque l’on parle guitare, la paire Loureiro/Bittencourt offre un véritable festival sur Temple Of Shadows ! Riffs aiguisés, joutes acrobatiques mais aussi guitares typiquement espagnoles sont au programme. Kiko démontre encore toute sa grande virtuosité – soulignons un lumineux clin d’œil à Malmsteen sur « Winds Of Destination » – sans éclipser pour autant le travail de son sous-estimé camarade.

Les Brésiliens sont en grande forme, signant un très bon album à la fois jouissif, technique et plus varié qu’il n’en a l’air. Alliant le dynamisme d’Angels Cry à l’ambition de Holy Land, Temple Of Shadows marque du coup la véritable renaissance d’Angra !