Univers Zero - Heatwave

21/08/2004

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Heatwave est curieusement l’album d’Univers Zero qui réunit le plus grand nombre de musiciens et qui contient le moins de morceaux. Ne dit-on pas que la qualité ne se mesure pas à la quantité ? Cette notion semble bien comprise ou plutôt adaptée par ce groupe belge qui sévit alors, en 1986, depuis un petit moment sur le terrain du rock in opposition. Pour Daniel Denis, tous les moyens sont bons pour créer des atmosphères et élargir certains horizons musicaux. C’est donc sans compromis qu’Univers Zero propose une nouvelle fois d’explorer son monde.

Quatre morceaux en tout et pour tout, dont les trois premiers naviguent entre cinq et huit minutes, cela peut paraître un peu court. Mais le dernier titre est un monument d’une bonne vingtaine. Pour ce cinquième album studio, l’idée première semble donc être la mise en place d’un climat particulier, d’une ambiance mystérieuse et froide, étirée dans de longues structures évolutives. Si les instruments restent les mêmes que sur les albums précédents, force est de constater que leur utilisation est unique : chaque son est défini dans son entité propre, c’est-à-dire que la palette de sonorités s’arrête aux contours fixés par le concept de l’album. Les morceaux, aux titres évocateurs, plongent l’auditeur dans une atmosphère oppressante aux accents « industriels » (utilisation de sons particuliers), glaçant le sang à chaque déviation rythmique. Certains passages sont lancinants et presque hypnotiques, tandis que certains moments sont remplis d’une force presque agressive. L’ensemble est rendu plus angoissant encore par des tempi lents sur la totalité de l’album.

Si « atmosphère » est le maître mot de Heatwave, la vague de chaleur (titre totalement paradoxal quand on entend le contenu du disque) se déploie au sein de l’instrumentation : les prouesses techniques, musicales et sonores sont impressionnantes ! Chaque membre d’Univers Zero, dont le talent n’est plus à démontrer, déploie une énergie considérable pour éveiller les sens de l’auditeur : ralentissements, accélérations progressives, nuances et gradations expressives, accentuations, phrasés, etc… Tout est étudié dans les moindres détails et cela ne s’arrête pas là. Comment rendre une musique encore plus froide qu’elle ne l’est déjà ? Daniel Denis s’est appliqué la produire de telle manière qu’une nette distinction se fasse entre les sonorités chaudes ou rondes comme celles de la basse ou du basson et les sonorités plus froides ou claquantes de la batterie, au son très creusé et sec, ou de la guitare légèrement saturée. Ces alliages de matière poussent à l’extrême la qualité de cette œuvre.

Univers Zero a gardé son côté sombre, le rendant légèrement plus lourd et froid. Mais ce qui frappe finalement, c’est la surprenante technicité de ses compostions, toutes plus complexes et créatives les unes que les autres. Avec Heatwave, Univers Zero touche la perfection.