Kevin Moore - Ghost Book

17/07/2004

Par Xavier Méra

Label: Inside Out

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Cela fait maintenant dix ans que Kevin Moore n’est plus le claviériste de Dream Theater, mais on continue à le présenter comme « l’ex ». Il n’est pourtant pas resté inactif durant tout ce temps : il a fondé son groupe Chroma Key, prêté ses talents à Fates Warning pour deux albums où sa contribution est remarquable, et participé à OSI, le dernier side-project de son ancien collègue Mike Portnoy et de Jim Matheos (Fates Warning). La sortie de Ghost Book, où Kevin Moore s’essaye au genre de la musique de film, vient aujourd’hui confirmer qu’il y a une vie après le « théâtre ».

Cet album est la bande originale d’un film d’horreur, de romance et d’humour (dixit la documentation promotionnelle) que l’on ne risque pas de voir en France : il n’est à ce jour diffusé qu’en Turquie ! La genèse de ce projet est amusante : le scénariste du film a écrit une nouvelle dont un passage fait une allusion à « Space-Dye Vest », composition de Kevin Moore figurant sur Awake de Dream Theater. Le film est tiré de cette nouvelle et Kevin Moore a été contacté par le biais du fan-club turc du groupe américain, pour en réaliser la musique.
Ghost Book est une véritable bande originale : les compositions sont donc là pour donner un pendant sonore à des images. Ainsi, une seule véritable chanson, « Sad Sad Movie », figure sur l’album, et on peut parier qu’elle constitue le générique de fin. Il n’y a, en dehors de ce titre, aucun « vrai » morceau. On a plutôt affaire à une succession d’ambiances, produites par Kevin Moore en se servant de ce qu’on a pu identifier dans Chroma Key comme sa marque de fabrique, soit une grande habileté à combiner ou enchaîner sons électroniques et acoustiques.
Comme le nom de l’album l’indique, la tonalité générale est plutôt sombre : les plages les plus étranges relèvent en général du bidouillage électronique, et une mélancolie pure s’exprime dans les plages de piano. Kevin Moore y montre qu’il a en commun avec Steven Wilson cette capacité de composer des thèmes profonds avec un minimum de moyens et juste quelques notes, mais les bonnes. Les autres pièces flottent entre ces deux extrêmes.

Kevin Moore excelle dans l’élaboration de ces paysages sonores. Cependant, cet album présente un intérêt limité par son caractère de bande-son, qui demande des conditions d’écoute vraiment particulièreset et dont le sens est nécessairement diminué tant qu’on ne peut pas vivre l’expérience visuelle que le son illustre.