Univers Zero - Implosion

13/07/2004

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Il n’y a aucun doute à émettre sur la qualité discographique d’Univers Zero, formation belge qui perdure depuis trente ans cette année. Malgré une longue période d’inactivité, le groupe a su, poussé par la volonté de son batteur et meneur Daniel Denis, tirer partie des années passées à réfléchir sur d’éventuels remaniements musicaux, en gardant constamment à l’esprit une idée fixe : l’exploration de l’instrumentation classique à travers le son d’un ensemble jazz-rock. Ce neuvième album d’Univers Zero, délibérément appelé Implosion, est-il une incitation à se retrancher aux confins les plus secrets de chacun d’entre nous afin de ressentir la musique comme une profession de foi, qui envahirait chaque être jusqu’à son paroxysme ?

Univers Zero a habitué son public, dans la première moitié de sa carrière, à ne trouver que peu de titres, mais d’une durée pour le moins conséquente sur chaque album. La surprise vient ici de la forme : dans la lignée de l’album précédent du groupe, Implosion est composé d’un nombre important de morceaux relativement courts. Parsemé de petites pièces plus qu’atmosphériques, semblant tout droit sorties de films fantastiques, l’album produit une impression de soulèvement intérieur à chaque instant. On aurait pu craindre que le raccourcissement des morceaux n’empêche de mener à terme de réels développements. Il n’en est rien, car il faut sans doute penser cet album comme un ensemble de morceaux n’en formant en réalité qu’un. C’est en effet la succession de ces intenses circonvolutions qui nourrit le fruit de nos attentes. Différent des ces prédécesseurs, Implosion s’observe de manière « macro-structurale », dans son ensemble, les détails venant après.
L’intégralité de la musique est composée et arrangée par Daniel Denis lui-même, ce qui démontre, si besoin en était encore, son importance et sa prépondérance au sein du groupe. Tenant le rôle de chef d’orchestre, il diffuse par petites touches des sonorités dorénavant un brin tournées vers le Moyen-Orient : certaines utilisations de modes harmoniques rappellent la délicatesse des gammes arabes, tout en gardant un soupçon d’atonalité.
Les musiques instrumentales doivent, par nature, faire preuve pour convaincre, de beaucoup plus d’expressivité que celles chantées, et c’est dans les rythmes lents que se caractérise ce nouvel opus. Les tempi sont en majeure partie modérés, et le corps en éprouve une sorte de pesanteur hypnotique. Toute contribution de chacun des instruments est opérée dans le but de déstructurer le sens, du rythme comme de la mélodie, qui s’en trouve souvent réduite à faire des boucles sur elle-même.
De nombreux instruments sont utilisés afin de rendre la musique la plus riche possible. La palette de sons et de couleurs gigantesques d’Univers Zero a fait la notoriété du groupe et est souvent considérée comme sa marque de fabrique. Cette instrumentation peu courante permet une redécouverte des instruments dits « classiques », comme les différents types de saxophone, trompettes ou clarinettes… Leur utilisation spécifique renouvelle la texture sonore et complexifie les prises de sons puisque le procédé diffère entre instruments à vent et instruments électriques. Bien que l’album soit merveilleusement produit, il apparaît cependant une légère rigidité dans le rendu final.

Ce nouveau format de composition renouvelle à la fois les intentions du groupe et sa perpétuelle recherche. C’est une constante du groupe, et la raison pour laquelle les albums d’Univers Zero ne se ressemblent jamais. Implosion n’est certes pas un album facile d’approche, même pour les habitués d’une certaine période du groupe. Et ce n’est pas avec cet album que l’explosion médiatique se fera, car Univers Zero est loin de simplifier sa musique pour récupérer de nouveaux auditeurs. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas la question.