Yo Miles ! - Sky Garden

01/07/2004

Par Djul

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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C’est en 1998 que l’idée de rendre hommage à Miles Davis germe dans l’esprit du guitariste Henry Kaiser et du trompettiste Wadada Leo Smith, elle se concrétise aujourd’hui sous le nom Yo Miles! avec la sortie d’un premier disque, Sky Garden. En réunissant des dizaines d’artistes d’horizons très variés, le duo avait pour objectif de retrouver l’esprit aventureux du génial auteur de Kind of Blue et autres Ascenseur pour l’Echafaud, au cours de sa période « électrique » (1969-1975). Cette partie de l’œuvre du maître, fort controversée à l’époque, fait désormais l’objet d’une redécouverte par le monde du jazz, certains artistes revendiquant clairement l’influence de cette musique hautement improvisée et expérimentale.

C’est entouré de Mike Keanelly à la guitare, de Michael Manring à la basse et d’une dizaine d’invités tels que le quatuor ROVA, que le duo a cherché à réinventer les morceaux de Miles, en enregistrant ce double CD directement et sans aucune retouche, en une seule prise live (NdRC : méthode consistant à capturer le son des musiciens jouant tous ensemble, comme dans les conditions d’un concert – d’où le nom – plutôt que séparément, ce qui constitue le cas le plus fréquent pour les enregistrements studio).

On retrouve donc des extraits des albums majeurs de cette période de Davis : In a Silent Way, Bitches Brew ou encore At Fillmore.

. Le morceau de choix de cet enregistrement est le superbe « Great Expectation », sur lequel les sax alto et soprano de Greg Osby et John Tchicai font merveille, aidé des tablas et percussions de Zakir Hussain et Karl Perazzo pour une longue improvisation sans basse ni batterie, avant que le morceau ne démarre une bonne dizaine de minutes plus tard pour exploser dans la folie jazz-rock. La frontière avec le progressif à la Weather Report, par exemple, se rapproche violemment. Notons d’ailleurs la propension du groupe à user des claviers, chose peu commune dans le jazz, sauf durant cette période de fusion des genres que constituèrent les années soixante-dix. En outre, l’énergie qui se dégage de titres comme « Directions » (sur lequel de jeu de Steve Smith est irréprochable), ou encore l’électricité des guitares de « Sivad » font de cet album un excellent moyen pour qui vient du rock, de découvrir le jazz en « douceur » tant l’ensemble est riche et bavard, à l’opposé de la musique pure, voire décharnée en terme d’instrumentation, d’un Kind of Blue . Les participants à ce projet se fendent même d’un titre de leur composition en forme d’improvisation, « Cozy Pete », Smith ayant également enregistré quelques titres originaux (notamment un « Who’s targeted ? » plein de groove et d’effets de production variés, et « Miles Star », morceau apaisé et délicat).

La seule déception réside, parfois, dans un petit manque de folie, et dans le fait que la puissance du jeu du grand Miles n’est pas toujours atteinte : il faut dire qu’avec une formation telle que celle de Bitches Brew (Wayne Shorter et John Mc Laughlin notamment !), il eût été difficile de surpasser les versions originales ! Ceux qui souhaiteraient une musique encore plus dense, et plus axée sur les guitares devraient donc peut être s’essayer au premier disque du duo.

Nota bene : comme quelques albums récents sortis chez Cuneiform, les deux disques bénéficient de la technologie SACD afin de restituer au mieux la qualité de l’enregistrement analogique et ajouter encore plus de précision à une production déjà extrêmement détaillée. Dans six mois doit suivre un nouvel album du décidément prolifique duo, mais en attendant, les amateurs de free-jazz et de musiques expérimentales improvisées se doivent de jeter ne serait-ce qu’une oreille sur ces morceaux certes inégaux mais d’une grande richesse musicale.