Univers Zero - The Hard Quest

23/06/2004

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Treize ans (treize est un chiffre récurrent chez Univers Zero) après Heatwave, Univers Zero livre The Hard Quest, au titre évocateur du long combat introspectif auquel le groupe a dû faire face durant tout ce temps. Résolument ancré dans la sphère rock in opposition avant sa séparation, Univers Zero nous avait laissés à l’époque au sommet de son art, avec la plus grande formation qu’il ait jamais eue. Si les possibilités avaient alors été largement poussées à leur paroxysme, elles n’en étaient que résolument plus originales et pertinentes. Quelle est la recette proposée aujourd’hui aux auditeurs, a priori ravis d’avoir à nouveau l’occasion de cheminer à travers les (micro)sillons du groupe ?

Univers Zero, à l’image de Yes, a toujours proposé dans ses précédents albums des morceaux longs, réduisant ainsi le nombre des titres. Or, ce qui frappe à première vue lorsque l’on s’attarde sur ce nouvel objet avant de le placer dans la platine, est le nombre de morceaux : onze au total, ce qui représente approximativement le double des livraisons précédentes. La durée des morceaux varie entre deux et six minutes, mis à part un de dix. Il s’agit donc de formes relativement courtes, composées dans leur quasi-totalité par Daniel Denis, batteur et principal instigateur du groupe depuis le départ d’Andy Kirk, ancien pianiste attitré. Cette réduction du line-up pose question : la musique va-t-elle s’en trouver diminuée ? Cinq membres seulement, certes, mais quels musiciens : Michel Berckmans au basson, hautbois et cor anglais qui fait son grand retour depuis Ceux du dehors en 1980, Daniel Denis à la batterie et aux claviers, Dirk Descheemaeker, membre depuis Uzed en 1984, aux clarinettes, Igor Semenoff fraîchement recruté au violon et Réginald Trigaux, parent de Roger Trigaux (guitariste fondateur de Présent), ancien membre de UZ (1313 en 1977 et Hérésie en 1979), à la basse.

Frappé immédiatement par des réminiscences médiévales étrangères à l’esprit des albums précédents, et que l’on peut en particulier attribuer à l’utilisation de gammes spécifiques, aux accords de quinte typiques de cette époque, aux tambourins et autres assemblages sonores, on est en droit de se demander s’il n’y aurait pas une volonté d’agrandir la portée du groupe en abordant à bras ouverts une palette sonore différente, tout en restant bien évidemment dans une recherche spécifique. La pochette, elle-même élément de ce concept, est peut-être significatrice de cette approche (Le moine de Gérard Thomas).
Quoi qu’il en soit, la musique reste toujours aussi recherchée et prenante. L’architecture des morceaux permettra sûrement à l’auditeur désireux de se pencher sur ce groupe d’appréhender ce disque avec plus de facilité. On aurait pu craindre que la courte durée des morceaux ne limite l’évolution et de la progression des thèmes. Mais après maintes écoutes, il ressort que les développements se font avec tant d’intelligence qu’il n’en est rien. Au contraire, cela permet d’éliminer tout le superflu et d’en garder uniquement la quintessence. Ces morceaux s’éloignent paradoxalement du rock : annihilation quasi-totale des structures, utilisation de la basse et des percussions comme éléments mélodiques plus que rythmiques, recherche de masse sonore comme un tout unifié, avec en contrepoint un vague désir de mélodie. On se trouve de toute évidence dans une création de musique classique contemporaine. Par ailleurs, en comparaison avec les albums précédents, demeure le côté mystérieux et étrange, comme plongé dans l’obscurité. Cependant moins noir que ses précédesseurs, The Hard Quest est l’image même d’un pèlerinage au fin fond des méandres des sonorités occultes. Poussé par un besoin de créer une musique sombre et froide, Univers Zero a fait le pari fou de modifier certains aspects de sa musique, en gardant toujours la même volonté de surprendre.

Il est troublant de s’apercevoir que pour bon nombre de groupes « révolutionnaires », les forces motrices sont concentrées autour du batteur, comme par exemple : Christian Vander pour Magma, Dave Kerman pour 5Uu’s entre autres, et même Phil Collins après le départ de Peter Gabriel de Genesis. Daniel Denis est un meneur poussant ses musiciens à offrir plus que ce que leur âme est capable de donner. Univers Zero reste toutefois un groupe et non le projet d’une seule personne et il n’est pas surprenant que la réduction et le changement d’effectif donne un tel résultat, nouveau et régénérant.