Ayreon - The Human Equation

26/05/2004

Par Djul

Label: InsideOut Music

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Depuis Into The Electric Castle, Arjen Lucassen a souvent changé d’orientation musicale, même s’il a conservé le principe de réunir autour de lui un casting impressionnant de chanteurs et de musiciens. S’éloignant ainsi de l’opéra rock, son double album de 2000 (Universal Migrator) scindait influences progressives et metal, tandis que le projet Star One n’exploitait que ce second genre. Force est de constater que c’est bien l’album de 1998 qui marqua le plus les esprits. Aujourd’hui, The Human Equation s’inscrit dans la droite lignée de l’opéra progressif culte composé par le Batave il y a six ans.

Si Into The Electric Castle est avant tout un disque de refrains, The Human Equation se révèle moins facilement, et une partie significative de son intérêt réside au contraire dans les couplets. Développant une interaction entre les chanteurs-sentiments, puisque le héros de l’histoire est soumis à des émotions contradictoires, le disque est parsemé de dialogues particulièrement travaillés, comme sur le superbe « Mystery » (où Lucassen et Marcela Bovio se renvoient la balle, comme souvent sur le disque), ou le menaçant « Loser ». Et contrairement aux travaux précédents du Hollandais géant, The Human Equation dépeint une histoire profondément humaine et ancrée dans la modernité. Ainsi, même si les prédécents délires psychédélico-intergalactiques de Lucassen s’avéraient plutôt bien retranscrits, ce retour sur Terre constitue un atout indéniable. Plus sombres et mieux écrites, les paroles font souvent mouche, incitant à se plonger davantage encore dans l’œuvre, d’autant que The Human Equation est musicalement plus varié, grâce à l’apport d’un vrai trio de cordes et à des passages très diversifiés : une véritable comédie musicale sur « Sign » précédant un morceau doom, « Trauma », etc.. L’équation se veut plus complexe que celle de son prédécesseur, album massif et homogène s’il en est. Enfin, la tendance à la démonstration parfois trop présente chez Lucassen, est bien moins flagrante, peut-être de par le rôle important et l’implication des chanteurs.

Si plusieurs écoutes s’avèrent nécessaires pour disposer de points de repères au long de ces deux fois cinquante minutes de compositions, il devient vite évident que les deux disques ne se valent pas tout à fait. La première partie est ainsi composée de bien plus de moments forts et variés que sa suite, plus sombre et plus introspective. Ainsi, les onze premières « journées » ne sont pas avares de grands morceaux : « Pain » et ses multiples interludes, le poignant « Childhood », sur lequel les interventions de Mickael Akerfeldt (Opeth) et Devon Graves (Dead Soul Tribe) font frissonner, et enfin « Love », premier « single » qui synthétise parfaitement le goût de Lucassen pour les refrains fédérateurs. Le second disque est qualitativement un peu en deçà. Malgré des passages inattendus (le duo Labrie – Findlay sur « Sign », l’intervention frappadingue de Townsend sur « Loser »), ces neuf dernières « journées » sont plus homogènes, avec une tendance quasi-constante à la tristesse. Lucassen semble avoir beaucoup écouté Opeth ou Pain of Salvation ces derniers temps, du moins s’en rapproche-t-il, ce qui ravira les amateurs du metal progressif sombre et moderne. Ainsi, « Confrontation » surprend par son agressivité (Ed Warby ne plaisante pas à la batterie), alors que « Pride » rappelle quasi-explicitement Awake de Dream Theater. En revanche, les paroles s’avèrent ici décisives, presque plus importantes que la musique, à tel point que l’on se demande même depuis combien de temps un disque n’avait pas délivré un message aussi fort.

Plus émotionnel et plus « humain », The Human Equation pêche par quelques aspects : des passages un peu patchworks sur certains titres, une production toujours aussi froide sur la rythmique et quelques « tics » montrant une tendance à la répétition. On ne peut cependant qu’applaudir l’effort réalisé par Lucassen pour sortir à la fois de son carcan « metal » de ces dernières années, mais aussi de l’œuvre qui l’a fait véritablement connaître, Into The Electric Castle. Un pari réussi, donc, qui démontre à quel point son auteur est passé maître en matière de projets « multi-artistes ». Depuis quelques années, de nombreuses tentatives ont été faites en la matière, mais rien n’arrive à la cheville de ce double album, sur lequel chaque chanteur est exploité au mieux et chaque passage pensé au service d’une histoire troublante. Ce disque est une indéniable réussite.