Proto-Kaw - Before Became After

24/04/2004

Par Djul

Label: InsideOut Music

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Rappelez-vous : l’année dernière, Cuneiform publiait un album événement, regroupant les morceaux d’une formation qui n’était pas encore devenue Kansas, l’un des géants de la scène progressive américaine. ProtoKaw, puisque c’était son nom, était en effet emmené par le guitariste Kerry Livgren, qui allait ensuite, avec Steve Walsh, composer des merveilles comme Leftoverture. Nous avions été surpris par la qualité des morceaux proposés, et n’avions visiblement pas été les seuls, puisque Inside Out a contacté Livgren pour la plus improbable des reformations ! Et c’est ainsi que ProtoKaw revient avec un deuxième album, après… 30 années d’absence, certains de ces membres ayant abandonné leur carrière dans la musique des décennies auparavant. A l’image du film Space Cowboys, Proto Kaw dépasse le cliché de la bande de seniors un peu largués mais gentils comme des grand-pères. Before Became After est au contraire la revanche de vieux briscards qui n’attendaient qu’une occasion pour sortir du rocking chair !

Ainsi, le groupe étonne par sa fougue, et cet album par sa quasi constante qualité. Ecrit par Livgren, il regroupe à la fois de nouveaux titres et d’anciennes compositions laissées de côté lors du départ du guitariste. Il s’agit donc d’un progressif typiquement américain, très axé sur la guitare et le chant. A ce titre, Lynn Meredith, qui avait arrêté toute prestation depuis des lustres, s’en sort avec les honneurs, et on retrouve avec plaisir ce timbre proche de Steve Walsh : quelle conclusion sur « Alt. More Worlds Than Known” ! Outre les évidentes réminiscences de Kansas, l’apport de John Bolton, au sax et aux flûtes, est indéniable et permet au groupe de ne pas sonner comme une pâle copie de son successeur (NdlR : et non prédécesseur !). Cette dualité se ressent sur l’album. Ainsi, la patte de Livgren est bien présente, avec des passages épiques prodigues en solos enflammés, des breaks instrumentaux solides (« Quantum Leapfrog » ou « Gloriana ») et des titres courts … bien trop FM. Cette propension d’anciennes gloires du progressif, à l’instar de Squire sur son projet Conspiracy, à vouloir pondre un improbable tube témoignage hélas souvent d’une inspiration incertaine en matière de pop, et des titres comme l’insipide « The Occasion of Your Honest Dreaming » en sont l’illustration.

Mais ProtoKaw propose aussi des compositions très proches du progressif plus anglais de ses débuts, en particulier en début d’album où la fausse ballade « Axolotl » semble entièrement habitée par les années 70, le tout servi par une production plus moderne qui aidera les plus jeunes à adhérer à des mélodies qui elles, n’ont pas pris une ride ! Seules certaines parties de claviers et batterie auraient mérité mieux que ce son trop synthétique. Les aspects les plus expérimentaux du genre sont même présents, comme sur « Leaven » , un morceau qui ne démarre jamais réellement tant les parties qui le composent diffèrent les unes des autres : passages narrés, ambiances latines, couplets heavy ! Le meilleur pour la fin, avec « Theophany », sorte de « Magnus Opus » version ProtoKaw, où l’on retrouve tout, de l’introduction pompeuse au refrain massif, un splendide break gorgé de jazz rock en sus.

Voici l’une des surprises les plus inattendues et agréables de cette année 2004 ! Les quinquagénaires s’en sortent avec les honneurs, et ont fait l’effort d’être accessibles à plusieurs générations d’amateurs, effort qui, on l’espère, sera bien servi par leur signature sur un label en vogue auprès des plus jeunes aficionados du progressif !